Historisches Lexikon der Schweiz (HLS) Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) Dizionario storico della Svizzera (DSS)

4.2 - Réforme catholique, Contre-Réforme et scission

Au milieu du XVIe s. apparut dans les rhodes intérieures un groupe influent d'hommes politiques, tels les landammans Joachim Meggeli le Jeune, Bartholomäus Dähler, Johannes Heim (de Heimen) et Konrad Wyser, qui cherchèrent à donner une composante religieuse aux liens politiques qu'ils entretenaient avec les cantons de Suisse centrale, liens reposant sur des intérêts communs dans le service étranger. L'histoire d'A. dans la seconde moitié du XVIe s. illustre exemplairement la Réforme catholique et la Contre-Réforme. La visite du nonce Giovanni Francesco Bonomi en 1579 eut un long écho. Des mandats ravivèrent des usages catholiques presque oubliés, comme les fêtes de la Vierge et des saints. Le Conseil renforça son contrôle sur les ecclésiastiques et sur les affaires de l'Eglise. Le double Landrat adopta le calendrier grégorien le 8 janvier 1584 en même temps que la Suisse centrale. Comme les cantons catholiques, A. rompit l'alliance avec la ville protestante de Mulhouse en 1586. Le parti catholique profita plus d'une fois de l'absence de députés protestants qui, bien que majoritaires dans le canton, renonçaient parfois à un déplacement pénible au chef-lieu. De leur côté, les rhodes extérieures affirmèrent aussi leur autonomie religieuse, ce qui pouvait avoir des effets dans la vie quotidienne (abolition d'anciennes coutumes considérées comme catholiques, tentative de transporter l'autel hors de l'église à Trogen). L'indépendance et la fierté des deux partis s'exprimèrent dans l'organisation judiciaire (gibets à A. et à Trogen) et dans l'existence d'un lieu de réunion (dit maison Gais ou äusseres Rathaus) où les députés des rhodes extérieures se rassemblaient avant de se rendre à l'hôtel de ville d'A. pour les séances du Conseil.

En faisant appel en 1586 aux capucins et en proposant en 1588 d'adhérer à l'alliance militaire conclue en 1587 entre Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwalden, Zoug, Fribourg et l'Espagne (dont dépendait le duché de Milan), les catholiques favorisèrent leur renouveau, mais semèrent des graines de discorde. Les activités anti-protestantes des capucins, surtout du père converti Ludwig von Sachsen, amenèrent d'abord au concordat du 1er mars 1588 qui renouvela le principe de la primauté de l'Ecriture et celui de l'unité confessionnelle des paroisses. Dans celle d'A. (qui couvrait toutes les rhodes intérieures), une stricte application obligea les protestants minoritaires à se convertir ou à s'en aller. En revanche, à Grub, paroisse de la rhode de Trogen, la messe fut rétablie à côté du culte en 1589. Les autres tentatives de recatholicisation échouèrent. Le concordat provoqua beaucoup de mécontentement dans les rhodes extérieures, qui réagirent en prenant des mesures analogues à l'encontre de leurs minorités catholiques.

Les cantons catholiques tentaient d'attirer A. dans l'alliance espagnole afin de s'opposer plus efficacement à l'influence française. Les dirigeants des rhodes intérieures, qui rencontraient des difficultés financières après les incendies de Hérisau (1559) et A. (1560) et du fait que les pensions françaises ne rentraient pas, attendaient de l'alliance espagnole des emplois nouveaux pour une population croissante et espéraient, comme le montrent des documents secrets, renforcer le catholicisme et le rétablir dans tout le canton. Les rhodes extérieures s'opposaient farouchement à ces projets, avec l'appui des cantons réformés, si bien que les rhodes intérieures revendiquèrent le droit de décider seules des alliances de tout le canton (en se fondant notamment sur la primauté du chef-lieu éponyme). Les catholiques d'A., aidés par ceux de Suisse centrale, parvinrent à convaincre le roi d'Espagne de l'importance d'une adhésion de leur canton (Philippe II y était d'abord opposé). Les cantons catholiques souhaitaient renforcer ainsi leur fragile majorité face aux protestants. Pour les dirigeants des rhodes intérieures, il n'était pas question de se rallier aux rhodes extérieures au cas où, avec le soutien des Zurichois, elles refuseraient l'alliance espagnole. Les choses tirèrent en longueur, mais finalement, le 24 août 1596, la paroisse d'A. signa avec la première puissance catholique d'Europe, sans l'accord des rhodes extérieures, un traité lourd de conséquences.

Le fossé entre Appenzellois était devenu si profond que, toutes les tentatives de médiation ayant échoué, les Confédérés n'exclurent plus une scission du canton. Une landsgemeinde extraordinaire des rhodes extérieures à Hundwil accepta la partition le 2 juin 1597 et l'assemblée de la paroisse d'A. prit une décision semblable le 15 juin. Six arbitres, tant protestants que catholiques (de Zurich, Lucerne, Schwytz, Nidwald, Glaris et Schaffhouse), désignés lors de la Diète fédérale du 29 juin, négocièrent avec les deux parties et aboutirent à l'Acte de séparation du 8 septembre 1597, qui réglait le partage définitif en deux Etats, les demi-cantons d'A. Rhodes-Intérieures et A. Rhodes-Extérieures. L'opposition confessionnelle affaiblit l'influence d'A. dans la Confédération. La séparation se fit pourtant dans le calme, sans effusion de sang et constitua une solution durable au conflit. Si ce partage pacifique, qui est une remarquable exception en Europe, a pu se dérouler sans recours aux armes, c'est peut-être parce que les rhodes intérieures et extérieures n'ont jamais formé aux XVe et XVIe s. un Etat unifié, dont la scission aurait été plus douloureuse.

Auteur(e): Achilles Weishaupt / PM