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Meilencommune

Commune du canton de Zurich, chef-lieu du district de Meilen, située sur le versant du Pfannenstiel, sur la rive droite du lac de Zurich. Elle est constituée des fractions de Feldmeilen, Dorfmeilen, Obermeilen et Bergmeilen, des hameaux de Burg et de Toggwil, ainsi que de fermes isolées au-dessus de la zone d'habitat qui s'étend au-delà d'une première terrasse et englobe, à Obermeilen, l'ancien hameau de Dollikon. 820/880 Meilana. 1107 habitants en 1634, 1590 en 1697, 3034 en 1799, 3065 en 1850, 3213 en 1900, 5992 en 1950, 9881 en 1970, 11'480 en 2000, 12'311 en 2010, 14'281 en 2020.

Meilen (commune): carte de situation 2023 (Géodonnées: Office fédéral de la statistique, Swisstopo, OpenStreetMap) © 2023 DHS.
Meilen (commune): carte de situation 2023 (Géodonnées: Office fédéral de la statistique, Swisstopo, OpenStreetMap) © 2023 DHS.

Préhistoire

Comme partout dans la région du lac de Zurich des sites remontant au Paléolithique et au Mésolithique font défaut à Meilen. La construction de villages commença au Néolithique, avant 4000 av. J.-C. déjà, sur les rives favorables à l'habitat (stations littorales), à Meilen - Im Grund et Meilen - Schellen. D'autres suivirent, à Obermeilen - Rorenhaab et à Feldmeilen - Vorderfeld. La dendrochronologie a permis de dater dans de nombreux cas les bois utilisés. Ces habitats, bien que très rapprochés, ont en partie connu une occupation contemporaine. Des villages, dont la durée d'occupation fut variable, apparurent à l'âge du Bronze. Les trouvailles d'une grande richesse comprennent, outre quelques raretés, la céramique, toujours présente, les habituels outils en pierre, silex, argile, bois de cervidés et os, ainsi que des ossements d'animaux domestiques.

La station de Meilen - Im Grund fut découverte en 1936. La plus ancienne strate est celle du Cortaillod ancien de Suisse centrale (avant 4000 av. J.-C.); viennent ensuite une strate du Pfyn moyen (3740 av. J.-C.) et une de la civilisation de Horgen. Le site est fortement menacé par la navigation.

La station de Meilen - Schellen est connue depuis 1932. Son centre fut toutefois détruit en 1970 après des travaux de remblaiement, sans qu'il ait pu être fouillé. En dessous se trouvent deux couches du Cortaillod ancien et classique de Suisse centrale (avant 4000 av. J.-C. et probablement 3840-3823 av. J.-C.). Puis se succèdent trois strates du Pfyn moyen et tardif (3829-3802, 3759-3736 et 3680 av. J.-C.), une de la civilisation de Horgen, une de la céramique cordée ancienne (2722-2709 av. J.-C.) et une de la céramique cordée tardive (2509-2484 av. J.-C.), une de l'âge du Bronze ancien avec les bases de deux maisons, l'emplacement des pieux et des semelles de fondation (1647-1641 av. J.-C.) et, enfin, une du Bronze final (964 av. J.-C.). Dans le matériel néolithique figurent d'importantes trouvailles, tels des outils de bois ou des lambeaux d'étoffe et de ficelle. Une hachette à rebord, un poignard, une aiguille et un bracelet datent du Bronze ancien, une épingle à tête vasiforme, des bagues, des couteaux, des hameçons et un poinçon (le tout en bronze) du Bronze final.

La station littorale d'Obermeilen. Plan et reconstruction par Ferdinand Keller. Planche des Mitteilungen der Antiquarischen Gesellschaft in Zürich, volume 9, 2e partie, cahier 3, 1854 (Zentralbibliothek Zürich).
La station littorale d'Obermeilen. Plan et reconstruction par Ferdinand Keller. Planche des Mitteilungen der Antiquarischen Gesellschaft in Zürich, volume 9, 2e partie, cahier 3, 1854 (Zentralbibliothek Zürich). […]

Le site palafittique d'Obermeilen - Rorenhaab est particulièrement significatif. Les premiers objets furent découverts en 1829 et en 1851 déjà, sans que leur importance fût reconnue d'emblée. Profitant des eaux extrêmement basses de l'hiver 1853-1854, l'instituteur du village Johannes Aeppli parvint à ramasser toute une série d'objets rendus visibles et les montra à l'archéologue Ferdinand Keller qui, après examen des sites, formula sa théorie des lacustres. Des dragages, des creusements et des sondages mirent au jour diverses strates: une du Cortaillod classique de Suisse centrale (après 4000 av. J.-C.), quatre horizons du Pfyn classique et tardif, avec des restes de structures et des traces d'incendie (3741, 3689 et 3423-3406 av. J.-C. selon la dendrochronologie), puis trois strates du Horgen moyen et tardif, là aussi avec des vestiges de construction et une couche d'incendie (2998-2988, respectivement 2896-2890 av. J.-C.), enfin deux strates de la céramique cordée avec des restes d'incendie (phases d'abattage entre 2698 et 2687, 2664 et 2618 av. J.-C.). A environ 40 m à l'ouest, une station du Bronze ancien (1663 et 1604 av. J.-C.) a fourni notamment des perles d'argile et d'ambre, des lambeaux de filets et quelques objets de bronze (trois lames de poignard, une aiguille, un hameçon), ainsi que les restes de squelette d'un enfant et d'un adulte.

Le site de Feldmeilen - Vorderfeld était déjà connu au XIXe siècle. Dans la seconde moitié du XXe siècle furent mis au jour des fondements de maisons du Pfyn moyen (environ 3750-3700 av. J.-C.), des emplacements de maisons et des palissades de villages du Horgen tardif (3239-3237, 3217-3195 av. J.-C., respectivement 3040-3023 av. J.-C.), de la céramique cordée (2746, 2652-2648 av. J.-C.), du Bronze ancien (1737, 1645, 1602-1590, 1523 av. J.-C.) et final (892 av. J.-C.). On note un récipient anthropomorphe de la civilisation de Horgen, des pesons avec des motifs solaires et domestiques, des objets en bois, des fragments de tissus et de filets, des parures (dents d'animaux percées, une perle à ailettes et des perles tubulaires en pierre), un creuset en argile et deux poinçons en cuivre. Un squelette d'homme, sans doute tué d'une flèche tirée depuis derrière, fut retrouvé dans les couches du Horgen.

On connaît mal la station littorale éloignée de 500 m seulement, située à Feldmeilen - Plätzli et souvent confondue avec Feldmeilen - Vorderfeld. Seules une strate de Pfyn et deux du Horgen ont été identifiées avec certitude.

De l'époque romaine au XXIe siècle

Une villa romaine avec portique et tours d'angle se trouvait au lieudit Appenhalten, à Obermeilen. Des tombes de la première moitié du VIIe siècle montrent que le site fut précocement occupé par les Alamans; d'autres sites ont pu être localisés grâce à la toponymie, le long du rivage et à Toggwil, le noyau de peuplement étant situé vers la Kirchgasse et le lieudit Hofstetten, au bord du lac.

Au Moyen Age, Meilen constituait un bailliage. Le château fort de Friedberg, qui figure sur les armoiries de la commune, fut érigé vers 1200; le baron Lütold VIII von Regensberg en était le propriétaire en 1306. Vers 1311/1321, le château passa au chevalier zurichois Gottfried Mülner, qui le transforma. Il ne fut plus habité à partir de 1360 et était en ruine au plus tard en 1487. A Bünishofen (Feldmeilen) se trouvait un petit château fort, qui n'a fait encore l'objet d'aucune recherche et qui appartenait à l'abbaye de Saint-Gall.

Une première église fut édifiée au début du VIIe siècle. En 965, l'empereur Otton Ier offrit la deuxième, construite au même endroit (première moitié du VIIIe s.) et dédiée à saint Martin, à l'abbaye d'Einsiedeln, qui exerça les droits de collation et de dîme jusqu'en 1814. Une troisième (XIe s.), puis une quatrième (XIVe s.) furent consacrées à Notre-Dame. L'église actuelle, avec chœur polygonal de style gothique tardif inspiré de Hans Felder, fut construite entre 1493 et 1495 à l'initiative des paroissiens. Jusqu'en 1819, et malgré la Réforme, l'abbaye d'Einsiedeln conserva le droit de nommer le pasteur. La paroisse comprit Uetikon am See jusqu'en 1682. Dédiée elle aussi à saint Martin, une nouvelle église catholique romaine fut bâtie en 1951.

La responsabilité commune des hommes du couvent (serfs de la Maison-Dieu) pour divers travaux, dont l'entretien des chemins, favorisa la création d'une commune. Comme Meilen faisait partie d'un bailliage intérieur (dans lequel le bailli résidait à Zurich), le sous-bailli était nommé lors de l'assemblée communale. Des biens communaux et un trésorier sont attestés en 1492, un domaine pour la cure en 1589, une maison de commune dite aussi «des compagnons» en 1621 (l'une des plus vieilles du canton; hôtels de ville), une boucherie communale et une place au bord du lac en 1639. A partir de 1623, Meilen perçut des droits d'habitation élevés sur les immigrants; l'utilisation des biens communaux fut ensuite limitée aux 30 familles les plus anciennes, dont les descendants sont toujours les seuls membres de la corporation ou commune bourgeoise. Durant les mois d'été, les familles patriciennes de la ville de Zurich résidaient dans leurs campagnes de Meilen, côtoyant les notables locaux.

Du XVIe siècle à 1862, les fractions (appelées Wachten) de Feldmeilen, de Dorfmeilen ou de Niedermeilen (celle-ci tôt partagée entre Grund et Kirchgass) et d'Obermeilen furent compétentes pour le service du feu et l'entretien des chemins. Avec la commune scolaire de Bergmeilen (1812) apparut un nouveau système d'organisation des écoles qui dura jusqu'en 1920 (chaque fraction avait la sienne) et qui marque encore la vie locale. Au XVIIe siècle la population commença à croître, par à-coups. Après avoir stagné au XIXe siècle, le nombre des habitants quadrupla presque au XXe siècle, grâce à la proximité du rail.

Le lac constitua initialement l'axe de communication principal, alors que l'ancienne grande route et le Herrenweg à Bergmeilen restaient secondaires. L'année 1835 vit arriver les bateaux à vapeur, 1855 la route du lac traverser Meilen. Suivit l'ouverture en 1894 de la ligne de chemin de fer et, en 1933, la mise en service du bac reliant Meilen à Horgen, aujourd'hui la deuxième compagnie de navigation de Suisse, par rapport au nombre de passagers.

Vue sur les coteaux de vigne en direction du sud. Dessin à la plume anonyme, vers 1720/1730 (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv).
Vue sur les coteaux de vigne en direction du sud. Dessin à la plume anonyme, vers 1720/1730 (Zentralbibliothek Zürich, Graphische Sammlung und Fotoarchiv). […]

Du XIIIe siècle à 1900 environ, la viticulture fut la principale source de revenus, complétée par les cultures fruitières, un peu de céréales et l'élevage du bétail. Vers 1900, presque un habitant sur deux était paysan et Meilen était la plus grande commune viticole de Suisse. Des quatre moulins d'origine, seuls ceux du haut et du bas subsistèrent le long du ruisseau du village, le Dorfbach. Celui du haut, transformé en scierie, exista jusque dans les années 1930, celui du bas abritait une tannerie, fermée en 1931. La famille de forgerons Erhardt fabriquait encore des armes au XIXe siècle. Le travail à domicile fut très importante au XVIIIe siècle, principalement dans le tissage de la mousseline. A la sortie des gorges du ruisseau furent créées, après 1816, trois petites filatures de coton mécaniques, qui s'ajoutèrent à la fabrique d'indiennes de Johann Reyhner (1809). Dans l'industrie mécanique comme dans l'industrie à domicile, la soie remplaça progressivement le coton, fournissant un revenu supplémentaire aux paysans durant l'hiver. La famille Wunderli, propriétaire de la tannerie, exploita diverses filatures à Meilen même, ainsi que dans les environs, qui employèrent jusqu'à 2700 ouvrières et ouvriers. De l'une d'entre elles est issue la fabrique de pompes et de filtres Häny & Cie AG (jusqu'en 2007). Ouverte en 1863, une imprimerie édita jusqu'en 1945 le Volksblatt des Bezirkes Meilen (plus tard Meilener Anzeiger). La fabrique de vins sans alcool donnant naissance, en 1928-1929, à la Produktion AG de la Migros (plus tard Midor AG, puis Delica AG) et la fabrique de meubles Aeschlimann (1900-années 1970) s'établirent le long de la voie ferrée, les cafés Hag AG (1917-1999) à Feldmeilen, et la société Schweizer Getränke AG à Obermeilen (1931-2016). En 1912, s'ouvrit à Meilen la clinique psychiatrique Hohenegg, en 1963, l'établissement médico-social de Platten. Dans les années 2000, après un processus de désindustrialisation, le secteur tertiaire fournissait environ deux tiers des emplois à Meilen; environ la même proportion des actifs étaient des pendulaires sortants.

Sources et bibliographie

  • Winiger, Josef: Feldmeilen Vorderfeld. Der Übergang von der Pfyner zur Horgener Kultur, 1981.
  • Société suisse de préhistoire et d'archéologie (éd.): La Suisse du Paléolithique à l'aube du Moyen Age. De l'homme de Néandertal à Charlemagne, vol. 2, 1995, pp. 310-311, 315; vol. 3, 1998, pp. 382.
  • Kummer, Peter; Ziegler, Peter: Geschichte der Gemeinde Meilen, 1998.
  • Hügi, Ursula: Meilen-Rorenhaab, 2000.
  • Altorfer, Kurt; Conscience, Anne-Catherine: Meilen-Schellen. Die neolithischen und spätbronzezeitlichen Funde und Befunde der Untersuchungen 1934-1996, 2005.
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Suggestion de citation

Gisela Nagy-Braun; Peter Kummer: "Meilen (commune)", in: Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 26.06.2023, traduit de l’allemand. Online: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/000111/2023-06-26/, consulté le 01.03.2024.