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Juracanton

Le canton du Jura, officiellement nommé République et Canton du Jura, est le dernier-né des Etats membres de la Confédération, à laquelle il appartient territorialement depuis 1815.

Armoiries du canton de Jura
Armoiries du canton de Jura […]
Carte oro-hydrographique du canton du Jura avec les principales localités
Carte oro-hydrographique du canton du Jura avec les principales localités […]

Situé au cœur de la chaîne de montagnes et de la région du Jura, son territoire recouvre approximativement la partie nord de l'ancien évêché de Bâle devenue temporairement République rauracienne, puis département français du Mont-Terrible et arrondissement de celui du Haut-Rhin, avant d'être réunie au canton de Berne par le congrès de Vienne. Ses limites correspondent à peu de chose près à celles qu'avaient les districts de Porrentruy, Delémont et des Franches-Montagnes entre 1815 et 1978. Les trois formaient alors une composante du Jura bernois, réduit depuis la création du canton du Jura et le rattachement du Laufonnais à celui de Bâle-Campagne en 1994, aux districts de Moutier (amputé de quelques communes), Courtelary et La Neuveville.

Structure de l'utilisation du sol dans le canton du Jura

Superficie (2005)838,6 km2 
Forêt / surface boisée364,9 km243,5%
Surface agricole408,7 km248,7%
Surface bâtie56,2 km26,7%
Surface improductive8,8 km21,1%
 Structure de l'utilisation du sol dans le canton du Jura -  Statistique suisse de la superficie

La création du nouvel Etat a été ratifiée le 24 septembre 1978 par le peuple et les cantons suisses qui, en acceptant de modifier la Constitution fédérale, ont admis le Jura au rang des cantons suisses et permis son entrée en souveraineté au 1er janvier 1979. La langue officielle est le français. Chef-lieu: Delémont.

Population et économie du canton du Juraa

Année 18501880b19001950197020002010
Habitants 44 92152 11657 57559 55467 32568 22470 032
En % de la population suisse1,9%1,8%1,7%1,3%1,1%0,9%0,9%
Langue        
Français  46 25749 09850 51755 28561 37653 025c
Allemand  5 8987 2728 1055 7233 0013 833c
Italien  2071 1878664 5061 2102 134c
Romanche   3172427-c
Autres  1415491 7872 6105 581c
Religion, Confession        
CatholiquesD 43 81048 09550 28948 57856 47651 09239 619c
Protestants 1 0103 7087 06310 45310 2848 5135 680c
Catholiques-chrétiens    2743855-c
Autres 1015732232495278 56410 792c
dont communauté juive 101235195826222-c
dont communautés islamiques      1 3101 330c
dont sans appartenanceE      4 2506 616c
Nationalité        
Suisses 42 21747 87351 78456 80459 00059 50061 267
Etrangers 2 7044 5035 7912 7508 3258 7248 765
Année  19751985199520052015
Personnes activesSecteur primaire 3 4514 4834 109F3 7093 077
 Secteur secondaire 14 77214 20413 85713 23515 860
 Secteur tertiaire 8 39512 54815 95721 10223 134
Année  19791985199520052015
Part au revenu national 0,8%0,7%0,6%0,6%0,7%

a Données 1850-2010: selon la configuration du canton de 2010

b Habitants: population résidante; langue, religion et nationalité: population «présente»

C Ces données ne peuvent pas être directement comparées à celles des recensements antérieurs à 2010. La population interrogée est la population résidante permanente âgée de 15 ans révolus ou plus et vivant dans un ménage privé, à l'exception des diplomates, des fonctionnaires internationaux et des membres de leur famille.

D Y compris les catholiques-chrétiens en 1880 et 1900; depuis 1950 catholiques romains

E N'appartenant ni à une confession ni à un groupe religieux

F Chiffres des recensements des exploitations agricoles 1996

Population et économie du canton du Jura -  Statistique historique de la Suisse; recensements fédéraux; Office fédéral de la statistique

 

Des origines à l'évêché de Bâle

La préhistoire et l'Antiquité jurassiennes furent étroitement conditionnées par les situations géographique et topographique locales. Les régions ouvertes sur le bassin du Doubs (Ajoie) ou du Rhin et de l'Alsace (vallée de Delémont) participèrent à l'histoire du peuplement du coude du Rhin et du flanc nord de la chaîne jurassienne. Les montagnes ont protégé les sols de l'érosion due aux derniers grands glaciers alpins qui n'ont pu les franchir, ce qui a permis la conservation des sites archéologiques parmi les plus anciens de Suisse.

Premiers signes humains

Pointe en silex d'Alle-Noir Bois, culture moustérienne. Photographie de Bernard Migy, 2006 (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).
Pointe en silex d'Alle-Noir Bois, culture moustérienne. Photographie de Bernard Migy, 2006 (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).

De riches ateliers de taille de silex sont attestés dès l'interglaciaire Riss-Würm (Eémien) à Alle, au lieu-dit Noir Bois, soit il y a environ 120'000 ans. La culture moustérienne, portée par les hommes de Néandertal, s'y est poursuivie par périodes jusque vers 35'000 av. J.-C. Les gîtes de silex d'Alle (Noir Bois et Pré Monsieur) et de Löwenbourg ont fourni des matériaux de base, exploités sur place, principalement durant les périodes de réchauffement qui ont parsemé la dernière période glaciaire (Würm, 35'000 à 8000 av. J.-C.). Les dizaines de milliers d'éclats récoltés montrent une industrie caractérisée par la production de type Levallois (éclats de forme prédéterminée). Les principaux objets sont des racloirs, des encoches (outils de pierre dont un des tranchants est concave) et des denticulés (outils dont un des bords porte des dents taillées). Ces gisements ont aussi livré des outils taillés dans des silex et des quartzites provenant du pied nord de la chaîne jurassienne, des flancs sud ou est des Vosges et de la Forêt-Noire. Quelques pièces sont originaires du Plateau suisse, des régions d'Olten et d'Orvin. Des ossements d'animaux (mammouths, rhinocéros laineux, hyènes, chevaux, rennes) ont été retrouvés sur le plateau de Bure ainsi qu'à Alle, Boncourt, Bure, Courtedoux, Courtemaîche et Porrentruy. La plupart des grottes jurassiennes ont abrité des ours des cavernes. Dans celles de Saint-Brais, Frédéric-Edouard Koby découvrit une incisive humaine néandertalienne et quelques silex taillés.

Vers 13'000 av. J.-C., alors que le climat se réchauffait, au moins trois Magdaléniens s'arrêtèrent à Alle-Noir Bois où ils taillèrent quelques lamelles (petits éclats) de silex pour réparer leurs sagaies. L'un d'eux utilisa le matériau siliceux local. Les deux autres travaillèrent le silex de Bendorf (Haut-Rhin) qu'ils avaient amené avec eux.

La transition avec le Mésolithique, appelée Azilien, a été mise au jour à Löwenbourg. Une industrie lamellaire utilisant du silex local, datée de 12'000 à 10'000 av. J.-C., rassemble des pointes et des lames à dos (éclats dont l'un des bords est aménagé par une retouche), des lames tronquées, des burins, des grattoirs et des perçoirs.

Hommes de passage: vers la sédentarisation

Abri sous roche mésolithique des Gripons à Saint-Ursanne, photographié avant les travaux de fouilles sur le tracé de l'A16 (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).
Abri sous roche mésolithique des Gripons à Saint-Ursanne, photographié avant les travaux de fouilles sur le tracé de l'A16 (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy). […]

Avec le réchauffement climatique, le retour de la forêt et l'apparition d'une nouvelle faune caractéristique (cerf, chevreuil, sanglier, aurochs, castor, loup), l'homme s'adapta à un autre milieu. Au vu des découvertes, il resta cependant confiné à l'Ajoie et au Laufonnais, en aval de Liesberg. Les vallées de Delémont et du Jura bernois n'ont encore rien livré de cette époque. Situé dans un vallon latéral de la vallée du Doubs sur le territoire de l'ancienne commune de Saint-Ursanne, le petit abri sous roche des Gripons a révélé une industrie microlithique (marquant une évolution des formes, du triangle au trapèze), riche en armatures (éclats de pierre enchassés dans le bois, par exemple pour fabriquer une flèche ou un harpon) triangulaires, datée vers 8000-7000 av. J.-C. Le silex taillé sur place est essentiellement de provenance locale, montrant une adaptation de ces populations à une région limitée. Le travail des peaux est aussi attesté au même endroit, occupé passagèrement. Deux millénaires plus tard, un autre groupe humain du Mésolithique récent, porteur d'une industrie microlithique (trapèzes et lames à coches et à retouches irrégulières, de type Montbani), fréquenta cet abri, probablement pour y fabriquer des arcs. D'autres traces mésolithiques ont été mises au jour à Porrentruy et aux environs de Bure.

Les débuts de la sédentarisation et de la néolithisation (élevage et agriculture) restent très discrets en Ajoie. La région se situe pourtant aux confins des deux grands courants propres à l'Europe occidentale, le danubien, occupant les plaines d'Europe centrale, et le méditerranéen, remontant les vallées du Rhône et de la Saône. Quelques grottes franc-comtoises proches du Jura ont livré des céramiques caractéristiques de la seconde moitié du Ve millénaire. A la même époque, les échanges à longue distance se développèrent. Des haches en pierre polie, d'origine vosgienne, transitaient par le Jura en direction des lacs du Plateau suisse (Zurich, Bienne, Neuchâtel). Deux exemplaires ont été découverts à Alle, dont le silex, comme celui de Löwenbourg, se retrouve dans les sites littoraux datant de 4000 à 2000 av. J.-C.

La Pierre Percée de Courgenay avec toit de protection en 2011 (Wiki Commons).
La Pierre Percée de Courgenay avec toit de protection en 2011 (Wiki Commons).

La chaîne jurassienne était donc régulièrement franchie. Pourtant, les analyses de pollens et de sédiments semblent indiquer qu'aucun lieu de la vallée de Delémont n'était encore habité. En Ajoie, un habitat est attesté à Alle-Sur Noir Bois, probablement de la fin du Néolithique moyen, vers 3500 av. J.-C. De plus, la Pierre Percée de Courgenay, dalle frontale d'un dolmen, est le dernier vestige d'un monument sépulcral collectif érigé vers 3000 av. J.-C. selon les coutumes propres au flanc nord de la chaîne jurassienne. Elle prouve la présence d'un ou de plusieurs villages à proximité. Le seul retrouvé à ce jour (Alle-Noir Bois) date de 2300 av. J.-C., de la fin du Néolithique, soit du Campaniforme. Mal conservé, on ne connaît rien de son ampleur ni de son architecture. L'élevage (bœufs, porcs, chèvres, moutons) et l'agriculture y étaient pratiqués. Les échanges avec des populations d'Alsace et d'Allemagne du Sud sont manifestes. Des influences plus orientales, mais aussi avec la vallée du Rhône, sont sensibles. L'exploitation prioritaire des ressources locales (silex, argiles) prouvent une connaissance approfondie de la région et une implantation de longue date. D'autres sites contemporains sont reconnus en plusieurs endroits d'Ajoie.

Colonisation et organisation sociale

Le début de l'âge du Bronze semble coïncider avec une évolution démographique. On observe une augmentation des signes de présence humaine tout au long du IIe millénaire. La plaine d'Ajoie et la vallée de Delémont furent progressivement colonisées. De nombreux petits habitats, fermes isolées, parsemaient le pied et les flancs des coteaux à la fin du Bronze moyen et au début du Bronze final. Au seuil du plateau des Franches-Montagnes, les grottes de Saint-Brais ont livré un mobilier céramique assez important de la fin du Bronze moyen. En face, près de Lajoux, les analyses de pollens ont montré que des défrichements ont lieu dès cette époque, laissant supposer des estivages de bétail. Un site contemporain est signalé au sommet du Mont-Terri en Ajoie. Celui du Roc, dans la commune de Courroux, est un important gisement du Bronze final. Perché dans les rochers surplombant le passage de la cluse du Vorbourg, il domine le passage oriental d'accès à la vallée de Delémont.

Nécropole à incinération de l’âge du Bronze de Delémont-En la Pran. Vase cinéraire de la tombe 50. Photographie de Karine Marchand, 2000 (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).
Nécropole à incinération de l’âge du Bronze de Delémont-En la Pran. Vase cinéraire de la tombe 50. Photographie de Karine Marchand, 2000 (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).

La vie sociale se développa et se hiérarchisa. Les deux nécropoles d'Alle-Les Aiges et de Delémont-En La Pran témoignent du rite de la crémation. Les plus anciennes sépultures (Les Aiges) remontent au début du Bronze final. La nécropole de Delémont suggère une séparation de l'aire d'inhumation. Elle a livré des perles en pâte de verre, preuves de relations avec les milieux méditerranéens. Les fils d'or retrouvés à Alle témoignent de rapports avec les régions de la Meuse et de la Marne.

Les quelques objets ou sites du premier âge du Fer (800-480 av. J.-C.) peuvent aussi être mis en relation avec les rites funéraires, mais, comme sur le Plateau suisse, cette période correspond à une raréfaction des données archéologiques. Aucun habitat n'est actuellement connu avec certitude. Le tumulus arasé repéré par avion près de Bonfol n'a pas encore été exploré. D'une vingtaine de mètres de diamètre, il est probablement entouré d'une ceinture empierrée, large d'environ deux mètres. Au sommet du Mont-Terri, comme à Delémont, des fragments de bracelets en lignite suggèrent une présence humaine. Ils proviennent peut-être de tombes, de même que le récipient isolé retrouvé à Courfaivre.

Le deuxième âge du Fer (480-15 av. J.-C.) est mieux connu, grâce à des fermes avec greniers datées de La Tène ancienne (Alle-Noir Bois), un dépotoir (Courtételle-Tivila), un habitat (Courrendlin-En Solé) et cinq sites de La Tène finale à Alle (Pré au Prince et Pré Monsieur), à Chevenez (Combe Varu et forge de la Combe en Vaillard) et au Mont-Terri (oppidum).

Séquanes, Romains et Germains

Selon les écrits des auteurs romains, en particulier Jules César dans son De bello gallico, la tribu gauloise des Séquanes occupait alors la région du Jura. En guerre contre les Eduens, elle appela en renfort les Germains d'Arioviste, qui furent défaits par César à la bataille de l’Ochsenfeld, en Alsace (58 av. J.-C.). Le sommet du Mont-Terri aurait été fortifié d'un murus gallicus dans ces circonstances, liées aussi bien à l'exode des Rauraques et des Helvètes qu'à l'invasion des peuples germaniques.

Statuette gallo-romaine du dieu Mars, du IIe siècle apr. J.-C. (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).
Statuette gallo-romaine du dieu Mars, du IIe siècle apr. J.-C. (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy). […]

La construction de villae et de routes, au début du Ier siècle apr. J.-C., marque le passage des montagnes jurassiennes dans l'orbite de Rome, dont la plupart des établissements ont été construits sur les sites gaulois. Suivant le tracé des chemins celtes en terre battue, les Romains les consolidèrent de pierres et de graviers dans les années 30 apr. J.-C. L'actuel territoire cantonal se situe à une intersection de la voie romaine qui traversait alors le Jura. Depuis le Plateau suisse, la route passait par le col de Pierre-Pertuis et Bellelay. A l'extrémité ouest de la vallée de Delémont, un embranchement partait en direction d'Augusta Raurica (Augst) en suivant la Birse. Poursuivant par le col de La Caquerelle-Les Rangiers, la voie principale traversait l'Ajoie en direction d'Epomanduodurum (Mandeure), où elle retrouvait la grande artère du flanc nord de la chaîne jurassienne, reliant Augusta Raurica à Vesuntio (Besançon). L'importance stratégique de ce tracé disparut dès que la frontière de l'Empire sur le Rhin fut repoussée plus à l'est, soit après la conquête des Champs Décumates par Vespasien, en 73-74 apr. J.-C.

Fibule discoïdale en bronze et en émail, IIe siècle apr. J.-C., provenant de la villa gallo-romaine de Vicques (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).
Fibule discoïdale en bronze et en émail, IIe siècle apr. J.-C., provenant de la villa gallo-romaine de Vicques (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).

Les vestiges de villae gallo-romaines qui parsèment l'Ajoie et la vallée de Delémont sont répartis sur tout le territoire, excepté le plateau de Bure où l'eau manque. Le seul signe d'une présence aux Franches-Montagnes correspond alors au probable relais de Lajoux, sur la route de Pierre-Pertuis. Quelques sites conservent les signes d'une richesse certaine (Buix, Develier, Vicques) avec des sols décorés, des parois peintes et une vaisselle importée. D'autres apparaissent plus modestes (Boécourt, Damvant). Un mausolée est érigé dans la plaine de Delémont, rattachée comme toute la vallée à la Germanie supérieure, puis probablement englobée dans la civitas Rauracorum avec la Haute-Alsace, à la suite de la réorganisation territoriale de Domitien (86 apr. J.-C.). L'Ajoie, où un sanctuaire gallo-romain (fanum) fut construit au nord de Porrentruy, resta séquane, avec Mandeure et le Doubs. Les deux rejoignirent la Provincia Maxima Sequanorum créée par Dioclétien (284-305) en réunissant Helvètes, Rauraques et Séquanes. En 260-261, les expéditions de pillages des Alamans provoquèrent d'importantes destructions. Certaines villae furent abandonnées, d'autres remises partiellement en état, pour quelques décennies. Le Mont-Terri fut à nouveau fortifié et probablement occupé quelque temps au début du IVe siècle par les armées romaines. Au milieu de ce même siècle, les Alamans profitèrent des luttes entre l'empereur officiel Constant et l'usurpateur du pouvoir, Magnence, pour effacer définitivement la présence romaine dans les campagnes jurassiennes, soit en 353-354 puis en 378. Les dépôts monétaires retrouvés dans la région soulignent bien ces deux grandes vagues destructrices. Quelques monnaies romaines de la fin du IVe siècle suggèrent le maintien d'une certaine activité, mais ni l'archéologie ni l'histoire ne révèlent le moindre signe de vie sur le territoire du canton du Jura au Ve siècle. Seuls quelques villages conservent un toponyme d'origine latine. A l'exemple de Chevenez, de Montignez ou de Vicques, ils témoignent d'une continuité de l'habitat.

Prémices féodales et christianisation

Boucle de ceinture en bronze, milieu du VIe siècle apr. J.-C., provenant de la nécropole mérovingienne de Bassecourt (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).
Boucle de ceinture en bronze, milieu du VIe siècle apr. J.-C., provenant de la nécropole mérovingienne de Bassecourt (Office de la culture, Section d'archéologie et paléontologie, Porrentruy).

On constate en revanche dès le VIe siècle une occupation assez dense du sol, autant en Ajoie que dans la vallée de Delémont, où l'habitat rural de Develier-Courtételle prouve que la réduction du minerai de fer bat son plein. Cette activité incita les fondeurs à s'implanter plus au sud, notamment aux environs de Corcelles et de Court, comme l'indiquent les bas fourneaux et les amas de scories qu'on y a retrouvés. Dès la seconde moitié du VIe siècle et surtout au VIIsiècle, de nombreuses nécropoles confirment cette présence humaine marquée. L'importance et la richesse du cimetière mérovingien de Bassecourt, découvert et fouillé au milieu des années 1870, suggèrent l'existence d'une aristocratie franque dans cette agglomération principale du Sornegau, province qui s'étend jusqu'aux sources de la Birse, probablement sous domination des ducs d'Alsace, au sein de l'Austrasie. L'Alsegau, vaste territoire qui englobait l'Ajoie actuelle, restait rattaché au diocèse de Besançon et au royaume de Bourgogne. Le développement démographique du VIIe siècle, la richesse en minerai de fer et la voie de liaison avec le Plateau suisse attirèrent les moines évangélisateurs, notamment les futurs saints Ursanne, qui s'établit dans le Clos du Doubs, et Germain, premier abbé de Moutier-Grandval.

Les temps carolingiens ont laissé peu de traces dans la région jurassienne, incluse après le partage de Verdun (843) dans la Lotharingie. C'est néanmoins probablement à cette époque que furent érigées des tours fortifiées comme celle du Chetelay à Courfaivre, du Béridier (Vorbourg) à Delémont ou du Mont-Terri en Ajoie, prémices de la féodalité. Aux VIIIe et IXe siècles, l'abbaye de Moutier-Grandval se développa et agrandit ses territoires dans la vallée de Delémont au détriment des petits seigneurs locaux.

L'évêché de Bâle (999-1792)

Le territoire du canton du Jura recouvre la partie de l'ancien évêché de Bâle   formée par les seigneuries d'Ajoie, de Delémont et de la Franche Montagne des Bois ainsi que la prévôté de Saint-Ursanne, deux villages de la courtine de Bellelay et les paroisses Sous-les-Roches de la prévôté de Moutier-Grandval.

Formation territoriale et évolution politique

Vierge à l'Enfant de Delémont. Bois de chêne, vers 1330 (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Pierre Montavon).
Vierge à l'Enfant de Delémont. Bois de chêne, vers 1330 (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Pierre Montavon). […]

En 999, Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, donna une partie de son territoire, soit Moutier-Grandval et tous ses biens, à l'Eglise cathédrale Notre-Dame de Bâle. Cette donation, qui étendait la puissance temporelle de l'évêque, est à l'origine de la future principauté épiscopale de Bâle. La prévôté de Saint-Ursanne, qui relevait du diocèse de Besançon, tomba au début du XIIe siècle sous le pouvoir temporel et spirituel des évêques de Bâle, qui reçurent encore les biens du seigneur d'Asuel en 1241 et achetèrent ceux du comte de Ferrette en 1271. Vaincu en 1283, le comte de Montbéliard dut aussi laisser au prince-évêque, soutenu par Rodolphe Ier de Habsbourg, la souveraineté sur Porrentruy et l'Ajoie. Pour consolider leur autorité face à la noblesse, l'empereur et l'évêque favorisèrent l'émergence de villes. Porrentruy (1283), Delémont (1289), La Neuveville (1318) et Saint-Ursanne (1338) obtinrent des chartes de franchises. En 1384, Imier de Ramstein accorda aussi des libertés aux habitants du Mons Falconis ou seigneurie de Muriaux (Spiegelberg) acquise vers 1360, rattachée à la châtellenie de Saint-Ursanne et appelée dès lors la «Franche Montagne» («Franche Montagne des Bois» en 1595), puis avec le défrichement des terres et la multiplication des paroisses, les Franches-Montagnes.

Au XIVe siècle, les évêques bâlois, affaiblis et désargentés, engagèrent leurs possessions jurassiennes. Ceux du XVe siècle réussirent partiellement à rétablir leur autorité. Mais, au début du XVIe siècle, la souveraineté du prince ne s'exerçait pleinement que sur le nord de l'évêché (châtellenies d'Ajoie, de Delémont, de Saint-Ursanne avec la Franche Montagne, ainsi que le Laufonnais). Quant à la partie sud (prévôté de Moutier-Grandval, Erguël, La Neuveville, Montagne de Diesse et Bienne), elle bénéficiait des traités de combourgeoisie signés avec Berne, Fribourg ou Soleure.

L'Eglise de Bâle et les terres jurassiennes

Fourneau de la pipe du prince-évêque François Joseph Sigismond de Roggenbach. Bois sculpté, 1793 (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Laurent Enard).
Fourneau de la pipe du prince-évêque François Joseph Sigismond de Roggenbach. Bois sculpté, 1793 (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Laurent Enard). […]

Au XVIe siècle, la Réforme s'imposa à Bâle (1529), puis dans la partie sud de l'évêché (1530-1531). Au nord, les foyers protestants de Porrentruy et du Laufonnais s'éteignirent finalement  vers 1580. L'évêque de Bâle s'établit à Porrentruy dès 1528 et le chapitre de Moutier-Grandval se réfugia à Delémont (1534). En 1555, profitant de la vacance du siège épiscopal, les sujets de la vallée de Delémont et de la Franche Montagne conclurent des traités de combourgeoisie avec la ville de Bâle. Ne pouvant s'y opposer, le prince-évêque Melchior de Lichtenfels négocia avec les treize francs villages de la vallée de Delémont un nouveau coutumier (1562) pour régler les droits d'usage dans les forêts. En revanche, Jacques Christophe Blarer de Wartensee combattit vigoureusement les velléités d'émancipation. Il fit supprimer les combourgeoisies avec Bâle et négocia avec ses sujets des arrangements durables: traité de Delémont avec la Franche Montagne des Bois (1595), nouvelle ordonnance de police de Porrentruy (1598), révision de l'ancien rôle d'Ajoie (1601). Pendant la guerre de Trente Ans, entre 1634 et 1640, le nord de l'évêché fut victime de nombreuses exactions perpétrées tour à tour par des troupes mercenaires au service de Suède, de France et de l'Empire. La modernisation de l'Etat, poursuivie au XVIIIe siècle dans l'esprit du despotisme éclairé, se heurta aux franchises et coutumes séculaires. Les ordonnances de 1726 réformant l'administration de l'évêché déclenchèrent les Troubles (1730-1740), dont la conséquence diplomatique fut un rapprochement avec la France (traité de défense mutuelle de 1739, renouvelé en 1780).

D'une République à l'autre (1792-1978)

La Révolution eut des répercussions profondes dans l'évêché de Bâle, inscrit dans l'orbite politique, militaire, économique et culturelle de la France. L'agitation populaire, dont la ville de Porrentruy était le foyer, n'entraîna pas pour autant la chute du régime princier. La fuite du prince-évêque précéda de peu l'occupation du pays par les bataillons de volontaires français en avril 1792. La présence de ces troupes encouragea le mouvement révolutionnaire, emmené par Joseph-Antoine Rengguer, syndic des Etats de l'évêché (porte-parole de l'Assemblée des Etats auprès du prince-évêque), et Jean-Baptiste Joseph Gobel, évêque coadjuteur, auquel les notables de Porrentruy et Delémont se rallièrent par opportunisme.

La période française (1792-1815)

Passage de prisonniers suisses en mars 1798 près du martinet de Courrendlin dans ce qui était alors le département du Mont-Terrible. Aquarelle de François-Joseph Bandinelli (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Pierre Montavon).
Passage de prisonniers suisses en mars 1798 près du martinet de Courrendlin dans ce qui était alors le département du Mont-Terrible. Aquarelle de François-Joseph Bandinelli (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Pierre Montavon). […]

La République rauracienne fut proclamée le 17 décembre 1792. Faute d'entente sur l'avenir du pays, l'assemblée des députés se laissa pourtant imposer l'annexion à la France le 23 mars 1793, avec la constitution d'un département dont le chef-lieu fut fixé à Porrentruy. Le Mont-Terrible fut divisé en deux districts. Le district de Porrentruy comprenait l'Ajoie, le Clos du Doubs et les Franches-Montagnes. Celui de Delémont, siège du commandement militaire, s'étendait sur la vallée et au Laufonnais. Etendu au Pays de Montbéliard en mars 1797 et aux bailliages du sud de l'évêché, occupés dès décembre, le département du Mont-Terrible fut supprimé sous le Consulat (1800) et rattaché à celui du Haut-Rhin, avec Colmar comme chef-lieu. Il forma alors deux arrondissements, découpés chacun en cinq cantons, avec Delémont et Porrentruy comme sous-préfectures.

Le statut politique de la région fut remis en cause par la chute de l'empire napoléonien. En 1815, le territoire de l'évêché de Bâle, dès lors sans maître, fut donné à la Suisse par le congrès de Vienne et annexé pour l'essentiel au canton de Berne. Le bailliage de Birseck et une partie de celui de Pfeffingen furent attribués à Bâle. Les puissances européennes entendaient ainsi repousser la frontière de la France vers l'ouest, accorder à Berne une compensation de la perte du pays de Vaud et de l'Argovie et supprimer un Etat dirigé par un ecclésiastique. Le 21 décembre à Delémont, le commissaire fédéral Johann Conrad Escher remit le territoire du désormais ancien évêché de Bâle aux représentants de la république patricienne bernoise restaurée.

Page de titre de l'Acte de réunion de l'ancien évêché de Bâle au canton de Berne du 23 novembre 1815 (Archives de l’Etat de Berne).
Page de titre de l'Acte de réunion de l'ancien évêché de Bâle au canton de Berne du 23 novembre 1815 (Archives de l’Etat de Berne).

L'Acte de réunion du 14 novembre 1815, négocié et signé à Bienne entre les délégations bernoise et jurassienne, garantissait la religion catholique comme culte public dans les communes où elle était établie. Il prévoyait aussi l'abolition des codes civil et pénal français ainsi que le rétablissement des bourgeoisies. La suppression des dîmes et des rentes féodales, remplacées par l'impôt foncier sous la République, fut confirmée.

Période bernoise et vie politique

Le territoire du futur canton du Jura formait la partie catholique et francophone du Jura bernois. Désigné aussi comme le Jura-Nord, il s'y trouvait réparti entre quatre des cinq bailliages (Ämter), qui subdivisaient alors le Leberberg (Jura en allemand) annexé par Berne: le bailliage de Delémont, dont fit partie le Laufonnais (germanophone et majoritairement catholique) jusqu'en 1846, s'étendait sur presque toute la vallée; celui de Porrentruy comprenait l'Ajoie et cinq des huit communes de l'ancienne prévôté de Saint-Ursanne, les trois autres rejoignant le bailliage des Franches-Montagnes; enfin dans le bailliage de Moutier se trouvaient les huit communes catholiques qui opteront pour le canton du Jura en 1975 ainsi que celle de Vellerat, qui le rejoindra en 1996. Le Jura-Sud, resté dans le canton de Berne après 1978, constituait la partie protestante du Jura bernois (bailliages puis districts de Moutier et de Courtelary et, dès 1846 district de La Neuveville).

Le clergé et les bourgeoisies s'accommodèrent du régime de la Restauration. Cependant, à l'instar de Xavier Stockmar, Jules Thurmann ou encore Auguste Quiquerez, une élite intellectuelle, considérant que Berne mettait en danger les dispositions de l'Acte de réunion de 1815, aspirait à la création d'un territoire indépendant de Berne. C'est vers 1830, déjà, qu'apparurent les termes de «question jurassienne» et «séparatisme». Encouragés par la révolution de Juillet 1830 à Paris, les libéraux de Porrentruy participèrent activement au mouvement qui renversa le patriciat bernois.

La Constitution libérale de 1831 instaura la démocratie représentative, transforma les bailliages en districts, dont les préfets seront désignés par le Conseil-exécutif et un comité du Grand Conseil jusqu'en 1894 et élus ensuite par le peuple, mais sa mise en œuvre remit aussi en question les principes de réunion du Jura à Berne, garantis par la Diète fédérale. Obéissant à l'évêque du nouveau diocèse de Bâle, réorganisé en 1828, les catholiques jurassiens s'opposèrent aux mesures qui visaient à laïciser l'instruction publique et à mettre l'Eglise sous la tutelle de l'Etat. En 1832, les prêtres refusèrent de prêter serment à la Constitution sans l'aval du Saint-Siège, finalement accordé. En 1834, l'établissement à Porrentruy d'une école normale du Jura, confessionnellement mixte, rencontra une vive opposition. L'adoption en 1836 par le Grand Conseil bernois des articles de Baden, soumettant l'Eglise catholique au contrôle des Etats diocésains, provoqua un soulèvement populaire. L'armée bernoise intervint dans le Jura catholique pour rétablir l'ordre. L'ingérence de la France mit toutefois fin au conflit et Berne renonça à appliquer les articles de Baden.

Les Jurassiens de Genève marchent sur Berne avec Léon Froidevaux à leur tête, caricature parue le 23 décembre 1916 dans le journal satirique genevois Guguss, qui, pour des raisons de censure, paraît de 1914 à 1917 sous le nom de Petit Suisse (Bibliothèque de Genève, Archives A. & G. Zimmermann).
Les Jurassiens de Genève marchent sur Berne avec Léon Froidevaux à leur tête, caricature parue le 23 décembre 1916 dans le journal satirique genevois Guguss, qui, pour des raisons de censure, paraît de 1914 à 1917 sous le nom de Petit Suisse (Bibliothèque de Genève, Archives A. & G. Zimmermann). […]

Avec l'instauration du régime radical, la tension entre partisans de l'Etat et défenseurs des droits de l'Eglise catholique augmenta. Les confrontations se multiplièrent tant à propos de la politique scolaire que des questions religieuses. Elles culminèrent dans les années 1870 avec la crise du Kulturkampf, dont les péripéties devaient marquer profondément la mémoire collective. A la fin du siècle, le clivage entre libéraux-radicaux et catholiques-conservateurs se renforça au travers des luttes électorales et des polémiques de presse qui opposaient Le Démocrate à son concurrent Le Pays. Leurs divisions n'empêchèrent pas les frères ennemis de présenter un front uni pour défendre les intérêts régionaux, soutenant ensemble le maintien de la législation française et des bourgeoisies ainsi que la construction des chemins de fer.

Affiche du Parti libéral-radical pour les élections au Conseil national du 29 octobre 1922 réalisée par Armand Schwarz (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat).
Affiche du Parti libéral-radical pour les élections au Conseil national du 29 octobre 1922 réalisée par Armand Schwarz (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat).

L'implantation du Parti socialiste (PS) au début du XXe siècle, puis celle du Parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB, future Union démocratique du centre, UDC), après la Première Guerre mondiale, modifièrent les rapports de forces politiques, surtout au détriment du Parti libéral-radical (PLR). Dans les années 1950, la question jurassienne (Jura bernois) et la poussée socialiste dans le district de Delémont provoquèrent une scission des catholiques-conservateurs en 1957, qui se partagèrent entre un Parti conservateur chrétien-social (dès 1971 Parti démocrate-chrétien, PDC) et le Parti chrétien-social indépendant (PCSI). D'abord plutôt conservateur, l'électorat jurassien se montra plus progressiste dès la seconde moitié du XXe siècle, approuvant des projets refusés par le peuple suisse, notamment le suffrage féminin (1959), les initiatives antiatomiques (1962, 1963), le droit au logement (1970) et une assurance maladie plus sociale (1974). En 1959, le Jura-Nord soutint massivement l'initiative du Rassemblement jurassien pour l'organisation d'un plébiscite d'autodétermination, finalement perdu. Le 23 juin 1974, il approuva très largement (74% de oui) la création d'un canton du Jura, acceptée par le peuple des sept districts avec un peu moins de 52% de oui.

Population et développement de l'habitat

En 1818, quelque 34'000 personnes étaient recensées sur le territoire du futur canton du Jura, qui comptait près de 65'000 habitants à son entrée en souveraineté (1979). Le bilan migratoire, chroniquement déficitaire, suffit à expliquer cette augmentation de 91%, relativement faible en comparaison de la moyenne suisse (250%). L'immigration de paysans bernois et d'ouvriers alémaniques ou étrangers au XIXe siècle, des travailleurs italiens et espagnols dès les années 1960, ne compensa pas l'émigration des jeunes Jurassiens. L'évolution varia suivant les districts. Celui de Delémont (251%) se situait dans la moyenne suisse. Ceux de Porrentruy (51%) et des Franches-Montagnes (28%) progressèrent au XIXe siècle, mais reculèrent au XXe siècle.

Les mouvements migratoires modifièrent sensiblement la composition de la population. La proportion des bourgeois domiciliés dans leur commune d'origine diminua fortement alors que les minorités linguistiques et religieuses s'étoffèrent. Au tournant du XXe siècle, les germanophones représentaient le quart de la population du district de Delémont, mais moins de 10% dans les deux autres. Progression du français, fort recul de l'allemand, apparition des minorités italienne et espagnole marquèrent la seconde moitié du XXe siècle. Sur le plan religieux, les protestants passèrent de 2% en 1850 à 12% en 1910, 17% en 1950 et 15% en 1970. Des temples furent construits à Delémont (1865), Porrentruy (1891), Saignelégier (1913), Bassecourt (1945) et des chapelles à Miécourt (1909), Courrendlin (1930) et Boncourt (1940). Dans la seconde moitié du XIXe siècledes juifs d'Alsace, fuyant les derniers pogroms, s'installèrent dans l'arc jurassien, de Bâle à La Chaux-de-Fonds. Dans le Jurails constituèrent deux communautés autour des synagogues de Porrentruy (1874) et de Delémont (1911).

Vue extérieure de la synagogue de Porrentruy en avril 1973 (Archives cantonales jurassiennes, Porrentruy, 178 J Porrentruy.142).
Vue extérieure de la synagogue de Porrentruy en avril 1973 (Archives cantonales jurassiennes, Porrentruy, 178 J Porrentruy.142). […]

Les transformations socio-économiques modifièrent aussi la répartition spatiale de la population, qui tendit à se concentrer dans les zones industrielles et bien desservies par le train. En 1970, 17 localités de plus de 1'000 habitants rassemblaient 70% (39% en 1818) des Jurassiens du canton, dont les 32% (10% en 1818) résidaient à Delémont ou à Porrentruy. Dans les Franches-Montagnes, où l'habitat est très dispersé, le recul démographique au XXe siècle se fit surtout au détriment des hameaux, dont plusieurs dépassaient la centaine d'habitants au XIXe siècle.

Evolution économique

En 1815, plus de la moitié de la population active en Ajoie, dans le Clos du Doubs et la vallée de Delémont travaillait dans le secteur primaire: agriculture, élevage de chevaux et, surtout, de bovins. Au milieu du XIXe siècle, on y recensait encore une centaine de moulins, scieries et battoirs ainsi qu'une dizaine de tanneries, dont les activités étaient liées aux nécessités rurales et à l'exploitation des forêts. La poterie de Bonfol, la faïencerie à Cornol, la manufacture de tabac à Boncourt (Burrus) et le tissage de la soie à domicile dans le district de Delémont complétaient l'éventail des activités artisanales.

Forges à Undervelier. Huile sur toile d'Edouard-Frédéric Pape, 1845 (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Pierre Montavon).
Forges à Undervelier. Huile sur toile d'Edouard-Frédéric Pape, 1845 (Musée jurassien d'art et d'histoire, Delémont; photographie Pierre Montavon).

Dans la première moitié du XIXe siècle, l'horlogerie se répandit dans les villages et hameaux des Franches-Montagnes. Elle s'implanta en Ajoie dès les années 1840 et après 1870 dans la vallée de Delémont, où l'industrie du fer était en déclin après avoir connu un remarquable essor au milieu du siècle (métallurgie). Aux trois anciens hauts fourneaux de Courrendlin, Undervelier et Bellefontaine, étaient venus s'ajouter ceux de Delémont (1838), Choindez (1846) et des Rondez (1855). A son apogée en 1858, la sidérurgie jurassienne employait quelque 1800 mineurs, fondeurs, forgerons, voituriers, bûcherons et charbonniers. Mais la forte concurrence étrangère entraîna la fermeture des fonderies, sauf celles de Choindez et des Rondez, qui offriront quelque 1000 emplois durant le XXe siècle sous la direction de Von Roll.

La construction des chemins de fer jurassiens (1872-1877) relia l'Ajoie et la vallée de Delémont aux réseaux ferroviaires français et suisse. Remplaçant Bâle après l'annexion de l'Alsace par l'empire allemand (1871), Porrentruy devint une importante gare frontière avec la France. Les régions restées à l'écart du réseau de base, constitué par les lignes Bienne-Delémont-Bâle et Delémont-Porrentruy-Delle, intégrées aux CFF en 1903 avec celles de la compagnie du Jura-Simplon, firent de gros efforts pour être aussi desservies par le train. Ouverte en 1892, la liaison La Chaux-de-Fonds-Saignelégier fut prolongée jusqu'à Glovelier en 1904 et jusqu'à Tramelan par Le Noirmont en 1913. Celle inaugurée entre Porrentruy et Bonfol en 1901 fut reliée au réseau alsacien en 1910. Ces lignes furent réunies dans la compagnie des Chemins de fer du Jura (CJ) en 1944. La Haute-Ajoie et le val Terbi durent attendre les années 1920 pour voir les cars postaux remplacer les diligences. Dès les années 1960, les Jurassiens réclamèrent la construction d'une autoroute transjurane, dont le tracé ne fut inscrit dans le réseau des routes nationales qu'en 1984.

Affiche publicitaire pour les cycles Condor, vers 1930 (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat).
Affiche publicitaire pour les cycles Condor, vers 1930 (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat). […]

Dans la première moitié du XXe siècle, l'industrie jurassienne, à nette prédominance horlogère, trouva d'autres créneaux: textile en Ajoie, cycles et motocyclettes à Courfaivre (Condor), coutellerie de Delémont (Wenger), usine métallurgique à Saint-Ursanne. La part de la population active dans le secteur secondaire doubla presque entre 1860 et 1970. D'un tiers, elle passa à 60%, tandis que l'agriculture rétrograda de 50 à 10%. L'économie jurassienne restait pourtant fragile. Son industrie était trop peu diversifiée, avec la moitié des personnes actives occupées dans l'horlogerie et le quart dans la métallurgie et la mécanique, et les industries de pointe ainsi que le secteur tertiaire sous-représentés.

Changements sociaux et culturels

Vers la fin du XIXe siècle, une classe ouvrière se constitua, d'abord dans les villes de Delémont et de Porrentruy, où l'essor industriel concentrait la production dans des fabriques. Le développement des activités commerciales et des services y multiplia aussi le nombre des employés, enseignants et fonctionnaires. Le syndicalisme s'implanta dans l'horlogerie, la métallurgie et parmi les cheminots au début du XXe siècle, en même temps qu'apparaissaient le Parti socialiste et un mouvement chrétien-social. Ce dernier s'inscrivit dans le réseau associatif très dense mis en place par le clergé catholique et les chefs du parti conservateur pour encadrer la pratique religieuse et la vie politique. Le Jura catholique manifestait annuellement et publiquement sa foi lors des processions de la Fête-Dieu et par sa participation aux fêtes de Notre-Dame du Vorbourg.

Affiche pour une fête sportive en 1943 (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat).
Affiche pour une fête sportive en 1943 (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat).

La sociabilité traditionnelle du «temps des veillées» et la mentalité paysanne reculèrent. Dès le milieu du XIXe siècle, le développement de l'instruction publique (écoles primaires et secondaires, école normale des instituteurs de Porrentruy en 1834 et celle des institutrices de Delémont en 1846, école cantonale de Porrentruy en 1856 et écoles professionnelles plus tard), l'essor du mouvement associatif (associations mutuelles et agricoles, sociétés musicales, culturelles et sportives, organisations professionnelles, syndicales et politiques) et l'avènement d'une presse régionale (Le Jura, Le Pays, Le Démocrate) contribuèrent à l'élargissement des connaissances et au changement des rapports humains. L'évolution vers le monde moderne, qui s'accéléra au XXe siècle, entraîna la disparition du patois, symbole d'une société rurale et de sa tradition orale. Première des grandes associations régionales, la Société jurassienne d'émulation fut fondée en 1847 pour défendre la culture française et promouvoir les productions littéraires et scientifiques de ses membres.

La République et Canton du Jura

Proclamation du résultat du plébiscite jurassien du 23 juin 1974 à  l'hôtel de ville de Delémont. Vingt-cinq minutes d'archives de la Télévision Suisse Romande (Radio Télévision Suisse, Genève, Play RTS).
Proclamation du résultat du plébiscite jurassien du 23 juin 1974 à  l'hôtel de ville de Delémont. Vingt-cinq minutes d'archives de la Télévision Suisse Romande (Radio Télévision Suisse, Genève, Play RTS). […]

L'avènement du canton du Jura s'inscrit dans le développement de la question jurassienne depuis 1947. Le 23 juin 1974, avec une participation de 90%, le peuple jurassien des sept districts accepta la création d'un canton du Jura par 36'802 oui contre 34'057 non et 1726 bulletins blancs. Ce vote d'autodétermination constitue l'acte fondateur de l'Etat jurassien. Le 16 mars 1975, les districts du sud décidèrent de rester dans le canton de Berne, ouvrant la voie aux plébiscites en cascade, prévus par l'additif constitutionnel bernois de 1970, qui eurent lieu au cours de cette année. A l'issue de ce processus, le futur territoire cantonal se trouva limité aux trois districts à majorité séparatiste (Porrentruy, Delémont et Franches-Montagnes), augmenté de huit communes de celui de Moutier (Châtillon, Corban, Courchapoix, Courrendlin, Lajoux, Les Genevez, Mervelier et Rossemaison) et diminué de deux petites communes de celui de Delémont (Roggenburg et Rebévelier), qui rejoignirent le canton de Berne.

Affiche de Force démocratique, mouvement anti-séparatiste du Jura-Sud, en vue du plébiscite du 16 mars 1975 (Bibliothèque nationale suisse, Berne).
Affiche de Force démocratique, mouvement anti-séparatiste du Jura-Sud, en vue du plébiscite du 16 mars 1975 (Bibliothèque nationale suisse, Berne). […]

Dès l'été 1975, les députés du futur canton au Grand Conseil bernois formèrent un groupe se posant en interlocuteur privilégié des autorités fédérales et bernoises pour la sauvegarde des intérêts jurassiens jusqu'à l'entrée en souveraineté du canton. Le 11 décembre 1975, l'ordre des avocats jurassiens présenta un projet de constitution, rapidement adopté comme base de discussion par les partis politiques et le Rassemblement jurassien (RJ). Cherchant à garder le contrôle du processus de construction du futur Etat, le RJ mit sur pied une commission de coordination qui devait influencer fortement l'organisation et les travaux de la Constituante.

La création du canton (1974-1978)

Assermentation des députés de l'Assemblée constituante en l'église Saint-Marcel à Delémont le 12 avril 1976 © KEYSTONE.
Assermentation des députés de l'Assemblée constituante en l'église Saint-Marcel à Delémont le 12 avril 1976 © KEYSTONE.

Les résultats de l'élection à l'Assemblée constituante (21 mars 1976) confirmèrent les rapports de forces. Ils marquèrent le succès personnel des principaux leaders du RJ, dont Roland Béguelin et Roger Schaffter, et l'échec des listes non conformistes. Les 50 sièges, disputés par 11 formations présentant 529 candidats, se répartirent entre les démocrates-chrétiens (19), libéraux-radicaux (11), socialistes (10), chrétiens-sociaux indépendants (7), démocrates du centre (2) et radicaux réformistes (1). Valentine Friedli fut la seule femme élue. Inaugurés solennellement le 12 avril 1976, les travaux de l'Assemblée constituante aboutirent le 3 février 1977. La charte fondamentale de la République et Canton du Jura fut adoptée à l'unanimité par les députés et ratifiée par le peuple à 80% des votants le 20 mars 1977.

La Constitution du nouveau canton se distinguait notamment par la reconnaissance des droits au travail, au logement et de grève. Elle chargeait aussi l'Etat de promouvoir le plein emploi, le principe d'égalité de traitement entre hommes et femmes ainsi que l'intégration des migrants et des handicapés. Elle donnait pour mission à la Banque cantonale de soutenir la politique économique de l'Etat. Son article 44, instituant un bureau de la condition féminine, représenta alors également une innovation en Suisse.

Affiche pour la votation du 24 septembre 1978 concernant la création du nouveau canton du Jura, publiée par le comité d'action national en faveur de la création d'un nouveau canton (Bibliothèque nationale suisse, Berne).
Affiche pour la votation du 24 septembre 1978 concernant la création du nouveau canton du Jura, publiée par le comité d'action national en faveur de la création d'un nouveau canton (Bibliothèque nationale suisse, Berne).

Dûment mandatée, la Constituante légiféra en maintenant provisoirement la législation bernoise, sauf dispositions contraires de la Constitution jurassienne. Elle élabora l'organigramme de l'administration du futur Etat et signa des accords sur les modalités de partage des biens avec celui de Berne. En septembre 1977, les Chambres fédérales accordèrent leur garantie à la Constitution du canton du Jura, à l'exception de l'article 138 prévoyant la possibilité de réunir au nouveau canton tout ou partie du Jura resté bernois qui s'en serait régulièrement détaché. Le 24 septembre 1978, le peuple suisse (82% de oui) et tous les cantons ratifièrent la création du canton du Jura en acceptant de modifier la Constitution fédérale dans ce sens. En novembre, le peuple jurassien adopta les premières lois cantonales et élut le Parlement et le Gouvernement. Deux conseillers aux Etats, un démocrate-chrétien et un socialiste, furent élus tacitement en décembre. Après que la Constituante eut remis ses pouvoirs au Gouvernement et au Parlement fraîchement élus lors de sa dernière séance du 6 décembre, la République et Canton du Jura, 26canton suisse, entra en souveraineté le 1er janvier 1979.

Organisation et administration de l'Etat

L'organisation de l'Etat jurassien ne diffère guère de celle des autres cantons. Toutefois, le canton fit preuve de progressisme en introduisant des droits politiques plus étendus (éligibilité des Suisses dès 18 ans, droit de vote cantonal et communal accordé aux étrangères et étrangers, également éligibles dans les organes législatifs communaux depuis 1998). L'initiative populaire permet à 2000 électrices et électeurs ou huit communes de demander l'adoption, la modification ou l'abrogation de dispositions constitutionnelles ou législatives.

Les autorités

Sous réserve de référendum, obligatoire ou facultatif, le pouvoir législatif est exercé par le Parlement, chargé aussi de la haute surveillance sur le Gouvernement, l'administration et les autorités judiciaires. Les 60 députés sont élus à la proportionnelle pour cinq ans (quatre ans jusqu'en 2010) et rééligibles deux fois consécutivement. Chaque district forme une circonscription électorale. Des observateurs du Jura resté bernois, peuvent être invités à assister aux séances du Parlement.

Le premier Gouvernement du canton du Jura siège dès 1979 à Delémont (Photographie Jacques Bélat).
Le premier Gouvernement du canton du Jura siège dès 1979 à Delémont (Photographie Jacques Bélat). […]

Le Gouvernement est formé de cinq ministres, élus au système majoritaire pour cinq ans (quatre ans jusqu'en 2010) et rééligibles trois fois consécutivement. La première femme ministre fut Odile Montavon, élue lors de l'élection partielle de 1993. Les services de l'administration cantonale sont répartis entre la chancellerie d'Etat et cinq départementsLes autorités judiciaires comprennent le tribunal de première instance, qui a remplacé en 2000 les tribunaux de district, et le tribunal cantonal (instance d'appel), qui regroupe sept cours et se compose de cinq juges permanents et six suppléants. Deux particularités caractérisent l'organisation judiciaire jurassienne: un appareil développé de justice administrative et une cour constitutionnelle (l'une des cours du tribunal cantonal) habilitée à contrôler, sur requête, la validité des lois avant leur mise en vigueur.

En 2003, le législatif et l'exécutif jurassiens, qui siégeaient depuis l'entrée en souveraineté dans des lieux privés et loués, ont été réunis dans un Hôtel du Parlement et du Gouvernement, inauguré le 19 mars dans l'immeuble qui fut successivement résidence du châtelain épiscopal et du grand bailli bernois, puis siège de la préfecture et du tribunal de Delémont.

Administration et coopération

Dans les premières années de souveraineté, la continuité administrative a été assurée par une centaine d'accords passés entre le nouvel Etat et celui de Berne. Répondant aux mêmes exigences administratives, les services sont basés à Delémont et les offices sont décentralisés (792 emplois en 2002, 917 en 2019). L'office des sports et celui de la culture sont à Porrentruy, celui de l'environnement à Saint-Ursanne et celui des assurances sociales à Saignelégier. Une partie de l'administration fiscale est établie aux Breuleux. L'arsenal cantonal, d'abord à Alle, se trouve à Bure depuis 2002.

Après le rattachement de Vellerat en 1996, le canton comptait 83 communes (20 communes municipales et 63 communes mixtes), regroupées en syndicats pour la gestion d'intérêts communs (hôpitaux, écoles, épuration). En 2019, avec les processus de fusion, le nombre de communes n'était plus que de 53 (13 municipales et 40 mixtes). Douze communes bourgeoises subsistent à Porrentruy, à Delémont et dans dix villages de la vallée de Delémont.

Ancré dans la Constitution, le principe de la coopération s'est traduit par une participation active aux institutions et conférences intercantonales, ainsi que par la signature d'accords bilatéraux (Québec, Wallonie, Seychelles et Cameroun) et par l'adhésion à des organismes transfrontaliers (Communauté de travail du Jura, devenue Conférence transjurassienne en 2001, Assemblée des régions d'Europe, Conférence franco-germano-suisse du Rhin supérieur).

Education et santé publique

Apprenti de l'école d'horlogerie et de microtechnique (Ecole des métiers du technique dès 2007) de Porrentruy au début des années 1990 (Photographie Jacques Bélat).
Apprenti de l'école d'horlogerie et de microtechnique (Ecole des métiers du technique dès 2007) de Porrentruy au début des années 1990 (Photographie Jacques Bélat).

Le canton du Jura dispose d'un système scolaire très dense et diversifié. Avant 1991, la moitié seulement des enfants accédait à l'école secondaire après quatre ans d'école primaire. La réforme achevée en 1995 prolongea la scolarité primaire à six ans et permit à tous les élèves l'accès au degré secondaire, où ils sont répartis en trois groupes de niveaux. L'accord intercantonal sur l'harmonisation de la scolarité obligatoire (Harmos), qui porte la durée de celle-ci à 11 ans, et la convention scolaire romande sont entrés en vigueur en 2012. Depuis 2007, le Centre jurassien d'enseignement et de formation (siège à Delémont) réunit les formations post-obligatoires, regroupées en cinq divisions (santé-social-arts, lycéenne, technique, commerciale, artisanale). A l'exception de l'école d'agriculture (institut agricole du Jura dès 1989, dans la Fondation rurale interjurassienne depuis 2004) de Courtemelon (Courtételle), les centres de formation postscolaire sont concentrés à Delémont et à Porrentruy. Les filières commerciales se trouvent dans les deux villes. Porrentruy accueille le lycée cantonal et des filières techniques (horlogerie et micro-technique entre autres), Delémont l'école de culture générale (fondée en 1979 et préparant aux formations professionnelles dans les secteurs socio-éducatifs et paramédicaux) et l'école des métiers de la santé et du social, nouveau nom de l'école des soins infirmiers, fondée en 1988. L'institut pédagogique, créé à Porrentruy en 1982 pour remplacer les écoles normales, a été intégré en 2001 dans la haute école pédagogique Berne-Jura-Neuchâtel (HEP-BEJUNE). Le campus Strate J, inauguré en 2016 à Delémont, regroupe des étudiants et des enseignants de la HEP-BEJUNE et de la haute école Arc, ainsi que le siège administratif de la haute école spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO). L'offre de formation est complétée par des institutions privées, mais subventionnées, dont le collège Saint-Charles à Porrentruy.

La clinique de réadaptation du Noirmont. Photographie aérienne du 2 septembre 1993 (ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv, Com_FC19-2340-003).
La clinique de réadaptation du Noirmont. Photographie aérienne du 2 septembre 1993 (ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv, Com_FC19-2340-003). […]

Le service de la santé contrôle l'exercice des professions médicales et paramédicales. Il organise l'offre de soins ou de prestations médicales du secteur public. Afin de maîtriser les coûts de la santé, la gestion du système hospitalier jurassien a été confiée dès 1993 à une entreprise unique de droit public. La réforme engagée au début du XXIe siècle a débouché sur la création de l'hôpital multisite du Jura en 2003 (deux sites à Delémont, un à Porrentruy et un à Saignelégier). Les soins sont par ailleurs dispensés par le centre médico-psychologique cantonal et celui de réadaptation cardio-vasculaire du Noirmont, une douzaine de homes simples ou médicalisés pour personnes âgées, le service d'aide et de soins à domicile, des foyers et ateliers protégés pour handicapés.

Démographie

La population résidante du canton du Jura a stagné dans le dernier quart du XXe siècle, passant de 67'325 habitants en 1970 à 68'224 en 2000. Le recul de la fin des années 1970 (64'986 habitants en 1980, 66'233 en 1990) était tout juste résorbé en 2000.

Entre 1980 et 2000, la population jurassienne a augmenté de 4,8%, trois fois moins que celle de la Suisse (14,5%). Stagnation et vieillissement de la population ont inquiété les autorités cantonales, qui ont lancé en 2000 le projet «Jura pays ouvert». L'objectif était d'atteindre la barre des 80'000 habitants en 2020 par le biais de mesures fiscales, économiques, sociales et culturelles. Combattu notamment par les socialistes, le projet a été rejeté par le peuple en 2004. Depuis 2000, le nombre d'habitants a toutefois continué d'augmenter. Il s'élevait à 70'032 en 2010 et 73'290 en 2017. Le taux d'augmentation de 7,4% restait cependant deux fois moins important que celui de l'ensemble de la Suisse (16,4%) pendant ce laps de temps.

Economie

L'évolution générale

La situation cantonale de l'emploi est le reflet de l'évolution économique. Le nombre d'emplois a diminué entre 1970 et 1980 de 30'000 à 29'000 environ pour remonter à quelque 31'500 en 1985, 32'200 en 1998, 36'900 en 2008 et 42'000 en 2016. Créé dans une conjoncture économique particulièrement défavorable, le canton du Jura fut rapidement confronté au problème du chômage, dont le taux, supérieur à 1% dès 1982, passa de 1,9% en 1990 à 6,6% en 1997 avant de redescendre à 1,9% en 2000 et de remonter à 3,8% en 2002 (3,7% en 2018). Entre 1980 et 1996, l'économie jurassienne a connu une croissance inférieure (75%) à celle de l'ensemble de la Suisse (117%).

Son évolution est aussi caractérisée par un changement dans la structure de l'emploi. On observe un tassement du secteur primaire, qui passa de 14,9% en 1985 à 12,8% en 1998, 11,1% en 2001 et 7,3% en 2016. Son importance restait toutefois supérieure à la moyenne suisse (5,7% en 2001, 3,2% en 2016). Le secteur secondaire, auparavant prédominant, recula de 1985 (45,2%) à 1998 (39,2%), puis stagna (41% en 2001), avant de poursuivre sa baisse (36,7% en 2016). La croissance des activités tertiaires, très forte entre 1985 (39,9%) et 1998 (48,2%), fléchit par la suite (47,9% en 2001), puis se renforça (56% en 2016). Les emplois à plein temps sont longtemps restés plus nombreux dans l'industrie que dans les services, où le tiers d'entre eux était à temps partiel, occupés en grande majorité par des femmes. La comparaison entre population résidante active et emplois offerts dans le canton montre que la mobilité de la main-d'œuvre s'est accrue. Le nombre des navetteurs a augmenté de 9800 en 1980 à environ 16'200 en 2000 (dont quelque 4000 résidents travaillant hors du canton en 2000, notamment à Berne et Bâle). Quant à la main-d'œuvre étrangère, elle occupait près de 7500 emplois en 2001, dont quelque 200 saisonniers, espagnols ou portugais pour la plupart, et 4000 frontaliers (environ 5400 en 2010), presque exclusivement français.

L'agriculture

Le nombre d’exploitations a baissé (près de 1200 en 2001, environ 1100 en 2016) mais la surface agricole utile moyenne, la plus élevée de Suisse a augmenté (37 ha en 2001, 39,6 en 2017). Elle procurait quelque 3540 emplois (3055 en 2016). La zone fourragère occupait 74% des quelque 400 km2 de surface agricole utile. Les terres labourées produisent principalement des céréales panifiables, du maïs à ensiler, des betteraves et du colza. La surface dévolue à ces cultures a fortement augmenté depuis 1980. Au début du XXIe siècle, le cheptel jurassien se composait de quelque 58'000 bovins, dont 20'000 vaches, de porcs (13'000), de moutons (4200) et de chevaux (4000).

Grande parade lors du marché-concours de chevaux à Saignelégier, fin du XXe siècle (Photographie Jacques Bélat).
Grande parade lors du marché-concours de chevaux à Saignelégier, fin du XXe siècle (Photographie Jacques Bélat). […]

Le monde agricole jurassien se réorganisa en 1975 avec la création de la Chambre d'agriculture du Jura (dès 2018 Agrijura). Il a consenti des investissements importants dans quelques entreprises, comme la coopérative Centre Ajoie. Il bénéficie de l'appui des services cantonaux de l'économie rurale et vétérinaire ainsi que de la Fondation rurale interjurassienne, créée en 2004. Le service des forêts surveille l'exploitation des quelque 370 km2 de surfaces boisées, représentant 43,5% du territoire cantonal en 2017, la plus forte proportion de Suisse après le Tessin (50,7%), dont les 75% appartenaient aux communes et au canton.

L'industrie

Procurant 55% des emplois en 1975, 41% en 2001 et près de 37% en 2016, l'industrie jurassienne se caractérise par la prépondérance des branches de l'horlogerie et des machines et par le grand nombre d'entreprises petites et moyennes. En 2001, seuls 30 établissements comptaient plus de 100 emplois équivalents plein temps sur plus de 3500. La crise des années 1975-1979 contraignit l'industrie jurassienne à un formidable effort de restructuration et de diversification. Un tissu très dense de petites entreprises mécaniques, de décolletage, de polissage et de terminage, spécialisées dans la sous-traitance, se constitua. Les restructurations et l'application des techniques électroniques et informatiques s'accompagnèrent d'une baisse de 26% des emplois dans l'horlogerie et les instruments de précision entre 1991 et 1995, que l'augmentation des années suivantes (8% en 1995-1998 et 13% en 1998-2001) ne put totalement résorberEn 2016, on comptait 128 établissements pour quelque 5300 emplois dans l’horlogerie (soit 34% des emplois du secondaire). La réduction du personnel dans l'industrie des machines et de l'équipement (37 établissements en 1985, 45 en 1995, 38 en 2001, 22 en 2016) fut compensée dans la métallurgie (97 établissements en 1985, 154 en 1995, 166 en 2001 et 174 en 2016).

Contrôle technique dans la fabrique d'horlogerie Aubry Frères SA à Saignelégier, vers 1970-1980 (Centre jurassien d'archives et de recherches économiques, Saint-Imier, Fonds Aubry Frères SA).
Contrôle technique dans la fabrique d'horlogerie Aubry Frères SA à Saignelégier, vers 1970-1980 (Centre jurassien d'archives et de recherches économiques, Saint-Imier, Fonds Aubry Frères SA).

Au début du XXIe siècle, les entreprises les plus importantes dépendent de centres de décisions extérieurs au canton. Les usines Von Roll de Delémont et Choindez (990 personnes en 1985, 730 en 2000), dirigées depuis Zoug, ont vu leur activité diminuer avec la fermeture de la fonderie de Choindez en 2018. L'usine Thécla, à Saint-Ursanne, est devenue allemande (Benteler Automotive, 300 employés en 2000) puis belge (Thécla Pun.ch), avant de fermer ses portes en 2015. La fabrique de tabac Burrus à Boncourt (600 ouvriers en 1996, 400 en 2004320 en 2014) appartient au groupe British American Tobacco.

Les services

L'économie jurassienne restait, au début du XXIe siècle, caractérisée par la faiblesse de son secteur tertiaire, devenu pourtant le plus important (environ 12'500 emplois en 1985, 16'000 en 1995, 16'500 en 2001, 23'500 en 2016). Le commerce, y compris l'hôtellerie, représentait le 50% des emplois tertiaires en 1975. Son importance relative a diminué en raison de la forte poussée des services publics: administration, écoles, santé publique et aide sociale surtout. En revanche, le secteur des banques, assurances et fiduciaires, en plein essor dans les premières années du canton, a fortement reculé à la suite de la restructuration de ces branches. Le tourisme jurassien a connu une croissance des nuitées entre 1979 (86'000) et 1990 (113'000), puis un recul très prononcé dès 1992 (69'000 nuitées en 1998, 71'000 en 2002), avant de repartir à la hausse (plus de 103'000 nuitées dans l'hôtellerie et plus de 230'000 dans la parahôtellerie en 2017). La clientèle des établissement jurassiens est essentiellement suisse (plus de 80%). La politique du canton en la matière privilégie le développement d'un tourisme doux.

Transports et communications

Un des problèmes majeurs de l'économie jurassienne réside dans son sous-équipement en matière de transports et de communications, particulièrement lancinant pour une région au relief tourmenté et marginalisée par les politiques routières et ferroviaires de la Suisse et de la France. La volonté du nouveau canton de disposer d'un système de transport multimodal (rail et route) performant en l'an 2000 ne s'est concrétisée que très partiellement. Sur le plan routier, la création du canton accéléra incontestablement la réalisation de la construction de l'autoroute A16 (Transjurane), approuvée largement en votation populaire cantonale en mars 1982. Mais les travaux n'avancèrent pas aussi rapidement que prévu. Ils débutèrent en 1987 et les premiers tronçons furent ouverts à la circulation en 1998. L'achèvement de la Transjurane de Boncourt à Bienne, attendu initialement pour 2008, eut finalement lieu en 2017. La construction de l'A16 a en outre permis de révéler un patrimoine paléontologique d'importance nationale, grâce à la mise au jour de nombreuses traces de dinosaures et d'autres fossiles (quelque 74'000 objets découverts). Ce patrimoine a fait l'objet de mesures de sauvegarde et d'une vaste exploitation scientifique.

La Transjurane en construction près de Porrentruy en 1996 © Photo François Enard, Delémont.
La Transjurane en construction près de Porrentruy en 1996 © Photo François Enard, Delémont. […]

Quant au rail, le projet de raccordement des Chemins de fer du Jura à Delémont fut refusé par le peuple du canton en 1992. La ligne Belfort-Delle-Delémont, ouverte en 1877 pour permettre à la France de rejoindre Bâle ou Berne sans passer par l'Alsace devenue allemande, perdit de son importance après la Première Guerre mondiale au point d'être fermée complètement entre Porrentruy et Delle en 1995. Avec la création d'un gare TGV Belfort-Montbéliard en 2011, le passage par Delle retrouva de son intérêt. La ligne, refaite, fut inaugurée en décembre 2018, mettant désormais Porrentruy à moins de 3h20 de Paris. Elle aura coûté 110 millions d'euros, financés par la France (72%), la Suisse (25%) et l'Union européenne (3%).

Organisations professionnelles et politique économique

Les partenaires sociaux n'attendirent pas l'avènement du canton pour adapter leurs organisations à la nouvelle donne politique. Les sections jurassiennes affiliées à l'Union syndicale suisse (USS) formèrent en 1975 l'Union syndicale jurassienne, qui regroupait quelque 9000 membres, dont la moitié provenait de la Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l'horlogerie (FTMH). L'Association patronale jurassienne fut constituée en 1976. Devenue Association jurassienne du commerce et de l'industrie, elle créa en 1979 la Chambre de commerce et d'industrie du Jura, dotée d'un secrétariat permanent, défendant à cette date les intérêts de quelque 300 entreprises en matière de politique économique et sociale (environ 450 en 2019).

L'Association pour le développement économique du district de Porrentruy, fondée en 1973, et celles de Delémont et des Franches-Montagnes ont comme objectifs la promotion économique régionale, notamment en favorisant l'implantation d'entreprises extérieures. La Société pour le développement de l'économie jurassienne fut créée en 1979 par les six banques alors établies dans le canton. La promotion de l'économie cantonale est aussi la tâche du service de l'économie et de l'emploi, qui tend à rapprocher les tissus économiques jurassiens et bâlois.

Culture et religion

Protection du patrimoine et vie culturelle

Archives, bibliothèques, promotion culturelle, monuments historiques et archéologie sont confiés à l'office de la culture en 2003 (auparavant office du patrimoine historique), à Porrentruy. La Bibliothèque cantonale jurassienne a été créée en 1982. Les Archives de l'ancien évêché de Bâle à Porrentruy sont gérées par une fondation, établie en 1985, comprenant les cantons de Berne et du Jura auxquels se sont joints ceux de Bâle-Campagne en 1997 (suite au rattachement du Laufonnais) et de Bâle-Ville en 2008, en raison de leurs anciens liens avec l'évêché de Bâle. La conservation des objets est principalement assumée par les musées, dont le Musée jurassien d'art et d'histoire à Delémont. En 2015, le Parlement s'est prononcé en faveur de la construction d'un Théâtre du Jura à Delémont (ouverture prévue en 2021). Le soutien et la promotion de la création et des activités culturelles sont du ressort du délégué aux affaires culturelles (délégué à la promotion culturelle depuis 2016).

La cour d'honneur et l'entrée principale de l'ancien hôpital de l'Hôtel-Dieu à Porrentruy (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat).
La cour d'honneur et l'entrée principale de l'ancien hôpital de l'Hôtel-Dieu à Porrentruy (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy; photographie Jacques Bélat). […]

En 1993, Le Pays de Porrentruy et Le Démocrate de Delémont fusionnèrent pour éditer Le Quotidien jurassien, dont le tirage est passé à plus de 25'000 exemplaires en 2004 (un peu moins de 18'000 en 2017). La radio privée Fréquence Jura, créée en 1984, bénéficiait au début du XXIe siècle d'un des plus forts taux d'écoute des radios régionales suisses.

Les Eglises

L'Eglise catholique-romaine et l'Eglise réformée évangélique ainsi que leurs paroisses sont reconnues comme des collectivités de droit public par la Constitution cantonale. Elles s'organisent de façon autonome sur la base d'une constitution ecclésiastique soumise à l'approbation du Gouvernement et adoptée par le peuple en décembre 1979. La Collectivité ecclésiastique cantonale catholique-romaine, qui fait partie du diocèse de Bâle, comptait 63 paroisses au début du XXIe siècle. Ses membres correspondaient à 75% de la population en 2000. L'évêque de Bâle est représenté par un vicaire épiscopal dans le Jura, lequel a droit à un chanoine non résident au chapitre cathédral de Soleure. L'Eglise réformée évangélique fait partie de l'Union synodale Berne-Jura-Soleure et compte trois paroisses.

Vie politique

Les élections au Parlement jurassien entre 1978 et 2015 ont confirmé la stabilité des rapports de forces politiques entre quatre grands partis – PDC, PLR, Parti socialiste jurassien (PSJ) et PCSI – et trois petites formations: l'UDC, le Parti ouvrier populaire (POP), et Combat socialiste, mouvement de la gauche écologique créé en 1981 (plus représenté depuis 2015). En 2006, les Verts firent leur entrée au législatif. Quatre femmes furent élues en 1978; elles occupaient 16 sièges sur 60 lors de la législature 2016-2020.

Les élections du Gouvernement ont produit des résultats plus contrastés. La première fut marquée par une coalition autonomiste alliant le PDC, le PSJ, le PCSI et le Parti radical réformiste (PRR) sous l'égide du RJ contre les libéraux-radicaux (PLR). En 1978 et 1982, elle réussit à faire élire ses candidats (2 PDC, 1 PSJ, 1 PCSI et 1 PRR). En 1986 pourtant, le RJ ne put empêcher le candidat libéral-radical de prendre le siège laissé vacant par le ministre réformiste. Les cinq sortants furent réélus en 1990, mais l'élection partielle de 1993 permit à une candidate de Combat socialiste et à un dissident du PDC de ravir les sièges socialiste et radical. Celles de 1994  débouchèrent sur une nouvelle formule (3 PDC, 1 PLR, 1 PSJ), reconduite en 1998. En 2002, le PSJ gagna un second siège pris au PDC et le PCSI en a obtenu un au détriment des radicaux. En 2006, les socialistes perdirent leur deuxième siège au profit des radicaux; ils le récupérèrent temporairement en 2010. Le gouvernement jurassien sorti des urnes en 2015 était composé d'un radical, d'une socialiste, d'un chrétien-social et de deux démocrate-chrétiens (législature 2016-2020). Depuis 1993, l'exécutif comprend quatre hommes et une femme.

La représentation cantonale aux Chambres fédérales (2 conseillers nationaux et 2 conseillers aux Etats) est élue à la proportionnelle. Sa force électorale assure au PDC un siège dans chaque chambre, le second étant très disputé entre socialistes et radicaux. Depuis l'entrée en souveraineté, le système politique jurassien a évolué. Les partis et les groupes d'intérêts, relégués d'abord à l'arrière-plan par la question jurassienne et la tutelle du RJ, ont retrouvé assez rapidement un rôle essentiel dans la gestion du nouvel Etat. Seules une conseillère nationale et trois conseillères aux Etats ont été élues depuis 1979. Les résultats des votations fédérales donnent du Jura l'image d'un canton progressiste et anticonformiste. Contrairement à la majorité du peuple et des cantons suisses, il a accepté l'adhésion à l'Espace économique européen (EEE) en 1992 ainsi que l'assurance maternité en 1999 et refusé de diminuer les prestations de l'assurance chômage en 2002.

Sièges du canton du Jura à l'Assemblée fédérale 1979-2015

 1979198319871991199519992003200720112015
Conseil des Etats
PS1   111111
PDC1111111111
PLR 111      
Conseil national
PDC1 11111 11
PLR 111      
PSJ 1  111111
UDC       1  
Autres1a         
Total2222222222

a Liste d'unité jurassienne et populaire

Sièges du canton du Jura à l'Assemblée fédérale 1979-2015 -  Office fédéral de la statistique

Le Gouvernement du canton du Jura 1979-2015

 1979198219861990199419982002200620102015
PLR  1111 111
PDC2222332222
PSJ1111112121
PCS1111  11 1
Autres11        
Total5555555555
Le Gouvernement du canton du Jura 1979-2015 -  Office fédéral de la statistique; Chancellerie d'Etat

Le Parlement du canton du Jura 1978-2015

 1978198219861990199419982002200620102015
PLR141616151514121189
PDC21202221221920191917
PSJ11111112121515131412
PCS8888888988
UDC1111112348
POP211  11212
Combat socialiste 11322212 
Verts       244
Autres32        
Total60606060606060606060
Le Parlement du canton du Jura 1978-2015 -  Office fédéral de la statistique; Chancellerie d'Etat

De l'Etat de combat à l'Assemblée interjurassienne

La création du nouveau canton ne régla pas définitivement la question jurassienne. Dans le Jura resté bernois, le mouvement autonomiste poursuivit la lutte avec l'appui de l'Etat jurassien, officiellement favorable à la réunification. Pourtant, dès l'entrée en souveraineté, le Gouvernement et le Rassemblement jurassien divergèrent sur la stratégie. Pour le premier, il fallait s'intégrer au système politique suisse et chercher le dialogue avec la Confédération. Le second, emmené par Roland Béguelin, visait à instaurer un «Etat de combat». Sous sa pression, l'exécutif jurassien annula la manifestation prévue le 11 mai 1979 à Delémont pour fêter l'avènement du nouveau canton suisse en présence des autorités fédérales et cantonales. L'événement marqua le début de leur rupture. Déchiré par une violente crise interne dans les années suivantes, le RJ ne put empêcher la décision des autorités cantonales de participer à CH 91, soit à l'ensemble des manifestations destinées à commémorer le 700e anniversaire de la Confédération. Il obtint néanmoins du Gouvernement et du Parlement le versement de 300'000 francs à une fondation pour la réunification. Elaborée à sa demande, la loi cantonale sur l'unité politique du Jura fut adoptée par le peuple en septembre 1992, malgré un préavis négatif du Tribunal fédéral. Le Conseil-exécutif bernois jugea cette décision contraire au dialogue instauré entre les deux cantons en mars 1992 au moyen de la Commission consultative (désignée aussi par le nom de son président, l'ancien conseiller national Sigmund Widmer) du Conseil fédéral, dont il sollicita l'intervention.

Le rapport Widmer d'avril 1993 préconisait une solution de la question jurassienne par la création en deux étapes d'un nouveau canton formé du Jura et de l'actuel Jura bernois. Des négociations bilatérales, menées sous l'égide du Conseil fédéral, débouchèrent sur l'accord tripartite (Confédération-Jura-Berne) du 25 mars 1994 créant l'Assemblée interjurassienne (AIJ). L'AIJ, dont le siège fut fixé à Moutier, était formée d'une délégation bernoise et d'une délégation jurassienne, de 12 membres chacune. La présidence fut occupée successivement par l'ancien conseiller fédéral neuchâtelois René Felber (1994-1997), l'ancien conseiller national vaudois Jean-François Leuba (1997-2003), l'ancien conseiller d'Etat valaisan Serge Sierro (2003-2010) et par l'ancien conseiller aux Etats tessinois Dick Marty (2011-2017). Elle était organisée en six commissions (institutions, instruction et formation, économie, santé publique et affaires sociales, transports, communications et aménagement, culture). Les décisions, prises à la double majorité des deux délégations prirent surtout la forme de résolutions adressées aux deux gouvernements, qu'elles invitaient généralement à la concertation, à la coopération intercantonale ou à des réalisations communes aux deux parties du Jura. La résolution n° 44 du 20 décembre 2000, politiquement majeure pour résoudre la question jurassienne, soumettait aux exécutifs cantonaux un processus en deux phases (mise en place des instruments de coopération, puis collaboration interjurassienne).

Chargée par les cantons du Jura et de Berne de mener une étude sur l'avenir institutionnel de la région interjurassienne, l'AIJ publia son rapport final en 2009. Une des pistes proposées pour le règlement de la question jurassienne était la réunification du Jura par la création d'un nouveau canton à six districts.

Tensions autour de la commémoration du 40e anniversaire de la naissance du canton du Jura. Information du télétexte du 23 juin 2019. Capture d'écran de smartphone (Dictionnaire historique de la Suisse, Berne).
Tensions autour de la commémoration du 40e anniversaire de la naissance du canton du Jura. Information du télétexte du 23 juin 2019. Capture d'écran de smartphone (Dictionnaire historique de la Suisse, Berne).

En 2013, l'électorat du canton du Jura plébiscita ce projet avec 76,6% de oui, tandis que celui du Jura bernois le rejetait nettement avec 71,8% de non, Moutier faisant exception avec 55% de oui. Ce résultat signifiait l'abandon de l'idée d'un nouveau canton. La déclaration d'intention signé en 2012 par les gouvernements jurassien et bernois prévoyait toutefois, en cas de rejet d'une des deux parties, la possibilité d'organiser des votations dans les communes du Jura bernois qui le demandaient dans un délai de deux ans, en vue d'un éventuel rattachement au canton du Jura. Des scrutins eurent lieu en 2017 à Belprahon et Sorvilier, qui refusèrent ce rattachement, et à Moutier qui l'accepta (51,7% de oui). Le processus communaliste terminé, l'accord du 25 mars 1994 fut dénoncé et l'AIJ dont le rôle était terminé dissoute le 10 novembre 2017.

La question jurassienne connut toutefois un nouveau rebondissement. A la suite de recours, le vote de Moutier fut invalidé en 2018 par la préfecture de l'arrondissement administratif du Jura bernois, décision contre laquelle l'exécutif de Moutier recourut à son tour. En 2019, le tribunal administratif du canton de Berne confirma l'annulation du scrutin sur le rattachement de Moutier au canton du Jura.

Aperçu historiographique

"Retour au bercail des archives du Jura". Ciné-Journal suisse, édition n° 1074 du 12 juillet 1963 (Archives fédérales suisses, J2.143#1996/386#1074-2#4*) © Cinémathèque suisse, Lausanne et Archives fédérales suisses, Berne.
"Retour au bercail des archives du Jura". Ciné-Journal suisse, édition n° 1074 du 12 juillet 1963 (Archives fédérales suisses, J2.143#1996/386#1074-2#4*) © Cinémathèque suisse, Lausanne et Archives fédérales suisses, Berne. […]

En 2019, une Histoire du canton du Jura fait encore défaut. La seule publication qui s'en approche est Le canton du Jura de A à Z qui réunit la matière dispersée dans les volumes du Schweizer Lexikon (1991-1993 et 1998-1999). La relative jeunesse de l'Etat jurassien n'explique pas, à elle seule, cette absence. A l'exemple de Charles-Ferdinand Morel (Abrégé de l'histoire et de la statistique du ci-devant Evêché de Bâle, réuni à la France en 1793, 1813), Paul-Otto Bessire et Gustave Amweg (Histoire populaire du Jura bernois, ancien Evêché de Bâle, 1942), les historiens jurassiens se situent moins dans une tradition historiographique cantonaliste (bernoise ou jurassienne) que régionaliste, aujourd'hui supracantonale. Les auteurs de la Nouvelle histoire du Jura (1984), qui s'arrête en 1979, s'inscrivent dans cette continuité que la mise en place des institutions culturelles de l'Etat jurassien a toutefois remise en question. Les travaux d'inventaire, puis de fouilles des services de l'office du patrimoine historique (OPH, devenu office de la culture) comblent l'immense retard pris en ces matières, comme en d'autres, par le canton de Berne dans le Jura. Ses publications renouvellent la connaissance du passé jurassien tout en limitant son approche au territoire cantonal, contrairement aux anciennes institutions et associations. Aux séries traditionnelles, qui se poursuivent (Actes et collections d'études historiques, artistiques et littéraires de la Société jurassienne d'émulation et de son Cercle d'études historiques), s'ajoutent celles de l'OPH (Documents, études et recherches d'histoire jurassienne, revue Jurassica) et de nouvelles associations transcantonales (Cercle généalogique de l'ancien Evêché de Bâle, 1989; Centre jurassien d'archives et de recherches économiques, 2002) ou du Jura bernois (Association et revue Intervalles, 1981; Mémoires d'Ici, 2000). Enfin, depuis 2005, le Dictionnaire du Jura (Diju), projet de la Société jurassienne d’émulation, et, depuis 2012, la Chronologie jurassienne (mise à jour par les Archives cantonales jurassiennes, les Archives de l'Etat de Berne et Mémoires d'Ici), proposent une approche en ligne de l'histoire du «Jura historique» par des notices sur des personnes, des familles, des lieux et des thèmes en lien direct avec cette région.

Sources et bibliographie

  • Archives cantonales jurassiennes, Porrentruy.
  • Archives de l'ancien Evêché de Bâle, Porrentruy.
  • Archives de l'Etat de Berne, Berne.
  • Archives départementales du Haut-Rhin, Colmar.
  • Bibliothèque cantonale jurassienne, Porrentruy.
  • Centre jurassien d'archives et de recherches économiques, Saint-Imier.
  • Generallandesarchiv, Karlsruhe.
  • Mémoires d'Ici, Centre de recherche et de documentation du Jura bernois, Saint-Imier.
  • Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy.
  • Musée jurassien d’art et d’histoire, Delémont.
  • Staatsarchiv Basel-Landschaft, Liestal.
  • Staatsarchiv Basel-Stadt, Basel.
Généralités
  • Wagner, Jean et al.: Documents pour l’histoire du Jura, 1990.
Evêché de Bâle
  • Vautrey, Louis; Trouillat, Joseph (éd.): Monuments de l’histoire de l’ancien Evêché de Bâle, 5 vol., 1852-1867. Online: HathiTrust Digital Library, consulté le 22.5.2019.
  • Folletête, Casimir (éd.): Documents inédits sur l’histoire de la Révolution dans l’Evêché de Bâle (1793-1798), 1898.
  • Rassemblement jurassien (éd.): Documents sur l’histoire de la principauté de Bâle et sur la souveraineté de l’ancien Etat jurassien, 1959.
  • Schüle, Ernest; Scheurer, Rémy; Marzys, Zygmunt (éd.): Documents linguistiques de la Suisse romande. Documents en langue française antérieurs à la fin du XIVe siècle conservés dans les cantons du Jura et de Berne, 2002
Période bernoiseCanton du Jura
  • Journal officiel de l'Assemblée constituante de la République et canton du Jura, 1976-1980.
  • Journal des débats du Parlement de la République et Canton du Jura, 1978-.
  • Annuaire officiel de la République et Canton du Jura, 1980-2010.
Bibliographies
  • Amweg, Gustave: Bibliographie du Jura bernois, ancien évêché de Bâle, 1928.
  • Bandelier, André et al.: Bibliographie jurassienne, 1928-1972, 1973 (Complément en 1974).
  • Cercle d'études historiques de la Société jurassienne d'émulation; Office du patrimoine historique du canton du Jura (éd.): Bibliographie jurassienne, 1973-1994.
Séries
  • Société jurassienne d’émulation (éd.): Actes de la Société jurassienne d'émulation, 1857-. Online: e-periodica, consulté le 3.5.2019.
  • Almanach catholique du Jura, 1885-2002. Online: Rero doc, consulté le 3.5.2019 (Almanach du Jura dès 2003).
  • Association pour la défense des intérêts du Jura (éd.): Les intérêts du Jura. Bulletin de l’Association pour la défense des intérêts du Jura, 1930-1977 (Les intérêts de nos régions dès 1978).
  • Association pour la sauvegarde du patrimoine rural jurassien (éd.): L'Hôtâ, 1-, 1977-.
  • Association et revue Intervalles (éd.): Intervalles. Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne, 1981-.
  • Pro Jura, Association jurassienne du tourisme (éd.): Jura pluriel. Culture, tourisme, information, 1982-2011 (Jura l'original, 2012-2016. Online: Rero doc, consulté le 3.5.2019).
  • Centre d'études et de recherches (éd.): Jurassica. Annuaire du CER, 1987-2014 (Office de la culture, République et canton du Jura [éd.]: Rapport d’activité dès 2015).
  • Cercle généalogique de l'ancien Evêché de Bâle (éd.): Informations généalogiques. Bulletin du Cercle généalogique de l’ancien Evêché de Bâle, 1990-2005 (Généalogie jurassienne. Informations généalogiques. Bulletin du Cercle généalogique de l'ancien Evêché de Bâle dès 2005).
  • Cercle d'études historiques de la Société jurassienne d'émulation (éd.): Lettre d'information, 1992-.
Généralités
  • Bessire, Paul-Otto: Histoire du Jura bernois et de l'ancien Evêché de Bâle, 1935 (19772 avec un complément 1936-1976 de Bernard Prongué).
  • Simon, Charles-Alphonse: Le Jura protestant de la Réforme à nos jours, 1951.
  • Bédat, Bernard (éd.): Panorama du pays jurassien, 4 vol., 1979-1993.
  • Cercle d'études historiques de la Société jurassienne d'émulation (éd.): Nouvelle histoire du Jura, 1984.
  • Dictionnaire du Jura, 2005-
  • Crevoisier, Clément (éd.): Atlas historique du Jura, 2012.
Des origines à l'évêché de Bâle
  • Société jurassienne d'émulation (éd.): Cahier d'archéologie jurassienne, 1-, 1991-.
  • Société jurassienne d'émulation (éd.): Guide archéologique du Jura et du Jura bernois, 1997.
  • Schifferdecker, François: «Trois lustres d'archéologie dans le canton du Jura, 1981-1996», in: Actes de la Société jurassienne d'émulation, 1997, pp. 269- 309. Online: e-periodica, consulté le 3.5.2019.
  • «Habitats médiévaux dans le Jura», in: Helvetia archaeologica, 30, 1999, pp. 47-132.
  • Demarez, Jean-Daniel: Répertoire archéologique du canton du Jura. Du Ier siècle avant J.-C. au VIIe siècle après J.-C., 2001.
  • Rebetez, Jean-Claude (éd.): Pro Deo. L'ancien évêché de Bâle du IVe au XVIe siècle, 2006.
Moyen Age et Ancien Régime
  • Stékoffer, Sarah: La crosse mérovingienne de saint Germain, premier abbé de Moutier-Grandval, 1996.
  • Jäggi, Gregor: Histoire de l'évêché de Bâle. Moyen Age, 2000 (allemand 1999).
  • Prongué, Jean-Paul: La Franche Montagne de Muriaux à la fin du Moyen Age, 2000.
  • Rebetez, Jean-Claude (éd.): La donation de 999 et l'histoire médiévale de l'ancien Evêché de Bâle, 2002.
  • Rebetez, Jean-Claude: Histoire de l'évêché de Bâle. A l'époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles) et sous la Révolution, 2003.
XIXe et XXe siècles
  • Erard, Victor: Xavier Stockmar, patriote jurassien, 2 vol., 1968-1971.
  • Donzé, François et al.: Le Parti démocrate-chrétien du Jura, 1877-1977. Du ghetto à la liberté, 1977.
  • Prongué, Bernard: Le Jura de l'entre-deux-guerres, 1978.
  • Humbel, Werner: Der Kirchenkonflikt oder «Kulturkampf» im Berner Jura 1873 bis 1878, 1981.
  • Lovis, Gilbert: Au temps des veillées. Essai sur la mentalité paysanne jurassienne 1880-1930, 1981 (19822).
  • Kohler, François: «Genèse et débuts du Parti socialiste jurassien (1864-1922)», in: Cantini, Claude et al. (éd.): Les origines du socialisme en Suisse romande, 1989, pp. 99-122.
  • Prongué, Bernard; Python, Francis: Le Jura historique, ou, Le Jura des sept districts. 1815-1978, 1994.
  • Ruch, Christian: Struktur und Strukturwandel des jurassischen Separatismus zwischen 1974 und 1994, 2001.
  • Hauser, Claude: L'aventure du Jura. Cultures politiques et identité régionale au XXe siècle, 2004.
  • Pichard, Alain: La question jurassienne. Avant et après la naissance du 23e Canton suisse, 2004.
  • Schumacher, Jean-Jacques: L'Assemblée interjurassienne. Histoire et perspectives. 1985-2004, 2005.
  • Chatelain, Emma: «Nous sommes des hommes libres sur une terre libre». Le mouvement antiséparatiste jurassien (1947-1975), son idéologie et ses relations avec Berne, 2007.
  • Mémoires d'Ici (éd.): Ils ont voulu changer l'école. Histoire des pédagogies actives dans le Jura, 1950-1970, 2009.
  • Favre, Christian: Une frontière entre la guerre et la paix. Les échanges au quotidien autour de l'Arc jurassien (1937-1945), 2010.
  • Chouleur, Stéphanie: Les fêtes du peuple jurassien. Films amateurs et séparatistes (1949-1982), 2013.
  • Cotelli Kureth, Sara: Question jurassienne et idéologies langagières. Langue et construction identitaire dans les revendications autonomistes des minorités francophones (1959-1978), 2015.
  • Rebetez, Jean-Claude; Bregnard, Damien (éd.): De la crosse à la croix. L'ancien Evêché de Bâle devient suisse (Congrès de Vienne – 1815), 2016.
  • De Weck, Hervé; Roten, Bernard: Jura et Jura bernois pendant la Première Guerre mondiale, 2017.
Canton du Jura
  • Froidevaux, André: Dossier sur l'Assemblée constituante de la République et Canton du Jura. Recueil d’articles publiés dans le journal La Suisse de novembre 1975 à mai 1977, 1977.
  • Kohler, Jean-Pierre: Canton du Jura. Industrie et structure régionale, mémoire de licence, Université de Neuchâtel, 1977.
  • Chopard, Théo (éd.): Oui au canton du Jura, 1978.
  • Jeanneret, Philippe; Maillat, Denis: Jura, canton frontière. Problèmes des régions frontalières entre Genève et Bâle, effets économiques de la frontière, 1981.
  • Voisard, Alexandre (éd.): La République et Canton du Jura, 1987 (19912).
  • Hofmann, Stephane; Lachat, Alexandre: «Le Jura contestataire. Analyse des résultats des votations fédérales de ces 17 dernières années dans le Canton du Jura et le Jura bernois», in: Hablützel, Peter; Hirter, Hans; Junker, Hans: Schweizerische Politik in Wissenschaft und Praxis, 1988, pp. 48-61.
  • Boillat, Pierre: Jura, naissance d’un Etat. Aux sources du droit et des institutions jurassiennes, 1989.
  • Weibel, Ernest: Institutions politiques romandes. Les mécanismes institutionnels et politiques des cantons romands et du Jura bernois, 1990.
  • Prongué, Bernard (éd.): Le canton du Jura de A à Z, 1991.
  • Prongué, Bernard (éd.): L'écartèlement. Espace jurassien et identité plurielle, 1991.
  • Talbot, Patrick: La république et Canton du Jura. Etude des institutions politiques et administratives du vingt-troisième canton de la Confédération hélvétique, 1991.
  • Rennwald, Jean-Claude: La transformation de la structure du pouvoir dans le Canton du Jura (1970-1991). Du séparatisme à l’intégration au système politique suisse, 1994.
  • Moritz, Jean: Commentaire de la constitution jurassienne, 2 vol., 1997-2002.
  • Prongué, Bernard: Le catholicisme jurassien de Vatican II à l’an 2000, ou, Les catholiques jurassiens face au défi de la modernité, 1997.
  • Assemblée interjurassienne: Au service du dialogue interjurassien. Bilan d'une institution inédite (1994-2017), 2017.
Arts et culture
  • Amweg, Gustave: Les arts dans le Jura bernois et à Bienne, 2 vol., 1937-1941.
  • Walzer, Pierre Olivier (éd.): Anthologie jurassienne, 2 vol., 1964-1965.
  • Pellaton, Jean-Paul: Vitraux du Jura, 19733 (20035).
  • Prongué, Bernard (éd.): Guide culturel de la République et Canton du Jura, 1985.
  • Berthold, Marcel: République et Canton du Jura, 1989.
  • Lycée cantonal de Porrentruy (éd.): Du Collège des jésuites au Lycée cantonal. Quatre cents ans d'histoire (1591-1991), 1991.
  • Widmer, Alphonse: Art contemporain dans le Jura. Autour d’une collection de peinture, 1991.
  • Wyss, André (éd.): Anthologie de la littérature jurassienne 1965-2000, 2000.
  • Stähli, Roland: «Histoire de la "Revue transjurane", 1938-1950; suivie d'une "Petite anthologie des poètes de la "Revue transjurane"», in: Intervalles. Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne, 2001, n° 60, pp. 11-60.
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Entités politiques / Canton