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Jura bernois

Jusqu'à la création du canton du Jura en 1978, le Jura dit bernois désigne le territoire de l'ancien évêché de Bâle réuni au canton de Berne en 1815, à l'exception de la ville de Bienne, puis les trois districts francophones restés bernois de La Neuveville, Moutier et Courtelary, le Laufonnais, dans le canton de Bâle-Campagne depuis 1994, étant considéré comme une entité particulière.

Depuis la réforme de l'administration bernoise entrée en vigueur en 2010, qui organise le canton en cinq régions administratives et dix arrondissements administratifs, les districts de Courtelary, La Neuveville et Moutier forment la région administrative du Jura bernois et l'arrondissement administratif du même nom. Il comprend 40 communes. La préfecture se trouve à Courtelary.

«Le canton de Berne, partie nord», dessiné et gravé par Johann Jakob Scheuermann. Carte no 4 de l'Atlas de la Suisse, paru en 1822 chez Orell Füssli à Zurich (ETH-Bibliothek Zürich, Rar K 410:4, e-rara, DOI: 10.3931/e-rara-21553).
«Le canton de Berne, partie nord», dessiné et gravé par Johann Jakob Scheuermann. Carte no 4 de l'Atlas de la Suisse, paru en 1822 chez Orell Füssli à Zurich (ETH-Bibliothek Zürich, Rar K 410:4, e-rara, DOI: 10.3931/e-rara-21553). […]

De l'Acte de réunion à la création du canton du Jura (1815-1978)

Population

Le Jura bernois comptait environ 57'700 habitants en 1818, 116'000 en 1910 et 140'000 en 1970. Son poids démographique au sein du canton de Berne atteignit le maximum de 19% en 1888, puis retomba à 14% en 1970. Le mouvement de la population se caractérise par une forte émigration des Jurassiens partiellement compensée par une immigration suisse (surtout bernoise) au XIXe siècle, étrangère au XXe siècle (3% d'étrangers en 1950, 14% en 1970). Le brassage ne fut pas le même dans le Jura-Nord (66% de Jurassiens en 1970) que dans le Jura-Sud (38%). Dans les six districts romands, la proportion de germanophones, qui dépassait 20% à la fin du XIXe siècle, régressa à 16% en 1960. Sur le plan confessionnel, la minorité protestante se renforça au XIXe siècle, mais la frontière entre Jura catholique et Jura protestant ne s'estompa guère malgré le renforcement des diasporas de part et d'autre. Le taux d'urbanisation demeura faible: en 1850, seules 11 communes dépassaient 1000 habitants, 35 en 1910 et 39 sur 145 en 1970, mais cinq d'entre elles seulement comptaient entre 5000 et 12'000 habitants.

Evolution de la population résidante dans les districts du Jura bernois 1818-2010a

Districts (avec appartenance cantonale actuelle)18181831185018701888191019301950197019902010
Courtelary (BE)10 41411 70616 40622 70227 00326 74524 38123 43526 44222 31622 448
Moutier (BE)8 0888 51210 98813 77215 93323 01724 05026 70131 90923 24422 954
La Neuveville (BE)2 6593 1403 8374 4124 4734 2374 5034 5365 7565 4986 266
            
Delémont (JU)9 44110 02112 32013 01813 93517 92518 59220 79627 54933 18535 921
Franches-Montagnes (JU)7 1527 3328 97410 78910 75010 6148 7538 4968  3039 1449 966
Porrentruy (JU)15 78516 85620 56523 98825 41925 61123 67925 21226 13523 90424 145
            
Laufon (BL)4 0565 0775 2035 6775 9858 3839 13710 58514 03314 99618 901

a Jusqu'en 1970 découpage des districts du Jura bernois. Les chiffres pour 1990 et 2010 correspondent au découpage actuel des districts des cantons du Jura et de Bâle-Campagne, et, pour le canton de Berne, aux anciens districts formant depuis 2010 l’arrondissement du Jura bernois.

Evolution de la population résidante dans les districts du Jura bernois 1818-2010 -  Manuel statistique du canton de Berne 1964, 1965, pp. 26-27; Annuaire des statistiques jurassiennes 1984, pp. 65-69; Office fédéral de la statistique

Cadre institutionnel

Acte de réunion de l'ancien évêché de Bâle au canton de Berne. Première page du document manuscrit rédigé en deux langues (Archives de l’Etat de Berne, F. Bistum Basel 1815.11.14).
Acte de réunion de l'ancien évêché de Bâle au canton de Berne. Première page du document manuscrit rédigé en deux langues (Archives de l’Etat de Berne, F. Bistum Basel 1815.11.14).

Selon l'Acte de réunion (1815), le Jura était dans le même état de dépendance à l'égard du patriciat urbain que la campagne bernoise, mais il conservait le système fiscal hérité du régime français: l'impôt foncier institué en remplacement des charges féodales. Sous la Restauration, le Jura (en allemand Leberberg) était divisé en cinq bailliages (leberbergische Ämter), appelés districts dès 1831: Porrentruy, Delémont (avec le Laufonnais), les Franches-Montagnes, Moutier et Courtelary; La Neuveville et la Montagne de Diesse furent rattachées à celui de Cerlier (Erlach). La constitution libérale de 1831, qui reconnaissait le français comme langue nationale, et la constitution radicale de 1846, qui maintenait le particularisme jurassien (impôt foncier, législation française, assistance publique), furent approuvées largement par les Jurassiens. Mais ceux-ci rejetèrent massivement celle de 1893 et la loi sur l'assistance publique et l'établissement de 1897 qui mettaient fin au régime spécial du Jura en matière législative, fiscale et sociale. De 1848 à 1890, le Jura forma un arrondissement électoral fédéral, divisé en Jura-Sud (Courtelary, Franches-Montagnes, Moutier, La Neuveville) et Jura-Nord (Delémont, Laufon, Porrentruy) de 1890 à 1918. Avec l'introduction de la représentation proportionnelle (1919), le canton de Berne forma un arrondissement électoral unique, mais les partis présentèrent généralement des listes séparées et apparentées pour le Jura et l'ancien canton.

Divisé depuis 1846 en sept districts (Courtelary, Delémont, Franches-Montagnes, Laufon, Moutier, La Neuveville, Porrentruy), le Jura comptait 147 communes (146 en 1882, 145 en 1952). En 1815, l'Acte de réunion abolit l'organisation communale française et rétablit les bourgeoisies. Il réintroduisit la distinction entre bourgeois et habitants. La Constitution de 1831 et la loi sur les communes de 1833 organisaient la commune municipale, mais garantissaient aux communes bourgeoises la propriété de leurs biens. La classification des biens communaux dans les années 1860 partageait la fortune publique des communes. Dans les régions rurales, on instaura la commune mixte, avec un conseil unique administrant la commune politique et gérant les biens de bourgeoisie. En 1869, on comptait 79 communes mixtes et 68 communes municipales, ainsi que 75 communes bourgeoises ou sections. A part quelques aménagements locaux, cette structure s'est maintenue jusqu'à nos jours.

Vie politique

Au XIXe siècle, les courants d'opinion se cristallisèrent d'abord autour d'un homme et d'un journal avant de se structurer en partis politiques: Xavier Stockmar et L'Helvétie incarnaient le libéralisme de 1830; Joseph Trouillat avec Le Réveil du Jura (1860), puis Ernest Daucourt avec Le Pays (1873) étaient les champions du conservatisme catholique; Le Jura bernois (1867) de Saint-Imier et Le Démocrate (1877) de Delémont étaient les porte-paroles de l'Association populaire jurassienne, ancêtre du Parti libéral-radical. Les rapports entre l'Eglise et l'Etat étaient au cœur des luttes politiques entre libéraux-radicaux («Rouges») et conservateurs («Noirs»). Le Parti conservateur catholique, fondé en 1877, devint le Parti démocrate-chrétien du Jura en 1971. La Fédération jurassienne fondée au temps de la Première Internationale, puis l'essor du syndicalisme ouvrier dans l'horlogerie favorisèrent la naissance du Parti socialiste jurassien au début du XXe siècle. En 1919, le nouveau Parti des paysans, artisans et bourgeois bernois rallia une fraction du monde rural jurassien. Avec la représentation proportionnelle, les rapports de forces se stabilisèrent: les libéraux-radicaux, avec l'implantation géographique la plus équilibrée, et les conservateurs, grâce à leur prééminence dans le Jura catholique, rassemblaient chacun un tiers de l'électorat; les socialistes, sauf dans les années 1930, avaient du mal à réunir le quart des suffrages, tandis que les agrariens stagnaient à 10%. Ces quatre partis résistèrent bien à l'émergence de nouvelles formations: chrétiens-sociaux indépendants (PCSI) dès 1957, Parti ouvrier populaire (POP) dès 1967. Mais socialistes et libéraux-radicaux étaient profondément divisés par la question jurassienne. La stabilité du régime des partis contrastait avec l'évolution progressiste des Jurassiens lors des votations populaires.

Economie

Les forges de Reuchenette en Erguël. Eau-forte de Johann Joseph Hartmann, vers 1800 (Bibliothèque nationale suisse, Berne).
Les forges de Reuchenette en Erguël. Eau-forte de Johann Joseph Hartmann, vers 1800 (Bibliothèque nationale suisse, Berne). […]

En 1815, le Jura était largement agricole. Dans une région où prédominaient les conditions de moyenne montagne, la paysannerie s'était tournée vers l'élevage et l'économie laitière. Le fromage Tête de moine et le cheval des Franches-Montagnes en deviendront les produits emblématiques. Dès le milieu du XIXe siècle se développa un mouvement associatif agricole. La formation professionnelle fut favorisée par l'ouverture de l'école cantonale d'agriculture fondée à Porrentruy en 1897 et transférée à Courtemelon (Courtételle) en 1927.

Atelier des horlogers à la fabrique Longines de Saint-Imier. Photographie, vers 1935 (Bild Archiv HR. Bramaz, Oberwil-Lieli).
Atelier des horlogers à la fabrique Longines de Saint-Imier. Photographie, vers 1935 (Bild Archiv HR. Bramaz, Oberwil-Lieli).

L'industrie du fer, héritière des forges des princes-évêques de Bâle, connut une période faste entre 1850 et 1860 (six hauts fourneaux en activité), puis un rapide déclin. Après le rachat des entreprises ruinées vers 1880, la société Von Roll concentra la production dans deux fonderies – Choindez et Les Rondez – et abandonna l'exploitation minière en 1926. L'horlogerie domina l'économie jurassienne dès le XIXe siècle. Après un développement extensif sous le régime de l'établissage dans le vallon de Saint-Imier, les Franches-Montagnes et l'Ajoie, sous l'effet de la révolution industrielle, elle s'implanta dans les vallées desservies par le train où s'installèrent les nouvelles fabriques attirant la main-d'œuvre: l'horloger-paysan à domicile céda le pas à l'ouvrier de fabrique. Longines à Saint-Imier (1866) et Tavannes Watch Co. (1891) possédaient une taille exceptionnelle dans un paysage industriel où prédominait la petite et moyenne entreprise d'horlogerie, de cadrans, de pierres fines ou de boîtes de montre. A Moutier, l'horlogerie donna naissance en 1880 à l'industrie des machines de précision, florissante au XXe siècle malgré quelques crises: Tornos, Bechler (Tornos-Bechler), Pétermann. En Ajoie, la fabrique de tabac Burrus à Boncourt, puis la bonneterie et la fabrication de chaussures à Porrentruy et dans les environs trouvèrent une place à côté de l'horlogerie dominante. La coutellerie Wenger de Delémont et l'usine de cycles Condor de Courfaivre furent fondées en 1893. Le Laufonnais se tourna vers les industries du papier, du ciment et de la céramique. En 1970, la population active se répartissait ainsi: 9% dans le primaire, 66% dans le secondaire et 25% dans le tertiaire.

Affiche de 1943, réalisée par René Bleuer (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).
Affiche de 1943, réalisée par René Bleuer (Museum für Gestaltung Zürich, Plakatsammlung, Zürcher Hochschule der Künste).

La topographie du pays rendait difficile les liaisons internes et avec l'extérieur. En 1815, le réseau routier comprenait deux axes principaux: Bâle-Bienne, par la vallée de la Birse et Pierre-Pertuis, et Tavannes-Porrentruy, par Les Rangiers. Lors de la construction des chemins de fer en Suisse, le Jura fut laissé à l'écart. Grâce à l'engagement de notables jurassiens et des collectivités locales et après l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne, qui coupait la liaison entre Paris et la Suisse par Bâle, les lignes Delle-Porrentruy-Delémont, Bienne-Bâle par la vallée de Tavannes et Sonceboz-Les Convers furent construites de 1872 à 1877. L'essor de l'horlogerie favorisa la construction, entre 1884 et 1913, de lignes régionales exploitées par des compagnies privées qui fusionnèrent au sein de la Compagnie des chemins de fer du Jura en 1945. Moutier fut relié à Soleure en 1908; le tunnel Moutier-Granges, sur l'axe Paris-Milan via le Lötschberg, ouvert en 1916, perdit son importance lorsque l'Alsace redevint française (compagnie du Jura-Simplon). Avec le développement du trafic automobile, les liaisons routières devinrent une préoccupation majeure. A partir des années 1960, la construction d'une autoroute Boncourt-Oensingen («Transjurane»), reliant les réseaux français et suisse, fut revendiquée par les Jurassiens.

Lithographie en souvenir de l'arrivée du premier train à Saint-Imier en 1874 (Archives de l’Etat de Berne, T 218).
Lithographie en souvenir de l'arrivée du premier train à Saint-Imier en 1874 (Archives de l’Etat de Berne, T 218). […]

Liée au développement des communications, la défense des intérêts régionaux fut prise en charge par deux associations. En 1903, la fondation de la Société jurassienne de développement, Pro Jura depuis 1938, marqua la volonté d'attirer les touristes suisses et étrangers. L'Association de défense des intérêts du Jura (ADIJ), constituée en 1925, se préoccupe du développement des communications ainsi que des problèmes économiques et sociaux.

Société et vie associative

La Société littéraire de Tavannes. Photographie du 26 mars 1922 (Collections Mémoires d'Ici, Saint-Imier).
La Société littéraire de Tavannes. Photographie du 26 mars 1922 (Collections Mémoires d'Ici, Saint-Imier). […]

Depuis la fin du XIXe siècle, la société agricole a cédé progressivement la place à une population majoritairement salariée dans une industrie très décentralisée. Relativement dispersé, le monde ouvrier n'a jamais réussi à remettre en cause la domination de la petite bourgeoisie locale et régionale. Significative à cet égard était la composition sociale de la députation jurassienne au Grand Conseil bernois (1922-1974): trois quarts d'indépendants, un quart de salariés. Les ouvriers de l'horlogerie (depuis 1886) et de la métallurgie (vers 1900) s'organisèrent dans les syndicats regroupés en 1915 au sein de la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (FOMH), puis Fédération suisse des travailleurs de la métallurgie et de l'horlogerie (FTMH). La FOMH était largement majoritaire au sein du Cartel syndical jurassien qui, depuis 1930, réunissait les sections régionales des fédérations de l'Union syndicale suisse (USS). De 6700 en 1917, leurs effectifs dépassèrent 15'000 membres en 1963. Le syndicalisme chrétien resta très minoritaire, même dans les districts catholiques.

Mises à part les grandes associations – la Société jurassienne d'émulation, fondée en 1847, Pro Jura et l'ADIJ –, la vie associative se développa, surtout à partir du milieu du XIXe siècle, selon deux types de sociabilité formelle: dans les villages, elle se limita aux sociétés de musique, de chant, de tir et aux associations agricoles, tandis que dans les localités urbanisées apparurent, à côté d'elles, dès le dernier quart du XIXe siècle, des sociétés de prévoyance et philanthropiques, des associations professionnelles et sportives.

Eglise et vie religieuse

«Le nouveau Don Quichotte». Caricature en pleine page parue dans le  Nebelspalter, no 33 du 12 août 1876 (ETH-Bibliothek Zürich, e-periodica).
«Le nouveau Don Quichotte». Caricature en pleine page parue dans le  Nebelspalter, no 33 du 12 août 1876 (ETH-Bibliothek Zürich, e-periodica). […]

L'Acte de réunion garantit l'exercice des religions catholique et protestante dans les communes où elles étaient professées; le culte des anabaptistes fut toléré. Les paroisses protestantes dépendantes des quatre églises consistoriales napoléoniennes furent incorporées à l'Eglise bernoise, les pasteurs du Jura formant une classe particulière; la partie catholique, rattachée au diocèse de Strasbourg sous le régime français, le fut à nouveau, en 1814, à celui de Bâle réorganisé en 1828. La Constitution de 1831 proclama la liberté de croyance et celle de 1846 la liberté des cultes, mais reconnut deux Eglises nationales. En février 1836, l'adoption par le Grand Conseil bernois des articles de Baden destinés à régler les rapports entre l'Eglise et l'Etat, provoqua une effervescence populaire dans le Jura catholique. Mais le Grand Conseil bernois dut se déjuger sous la pression de la France. L'antagonisme entre les milieux catholiques et le pouvoir cantonal bernois atteignit son point culminant lors du Kulturkampf. La déposition de l'évêque jurassien Eugène Lachat, les mesures de répression contre le clergé solidaire de l'évêque, la loi de 1874 sur l'organisation des cultes, avec l'institution d'une Eglise catholique-chrétienne, provoquèrent la résistance des catholiques jurassiens qui en appelèrent à la Confédération. Un apaisement survint en 1878, mais il fallut un demi-siècle pour éliminer toutes les séquelles du Kulturkampf. La loi sur l'organisation des cultes de 1945 fut acceptée de justesse grâce au vote massif des Jurassiens. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le mouvement œcuménique rapprocha le Synode protestant du Jura et l'Eglise catholique, très actifs dans l'aide sociale et l'animation culturelle et spirituelle (Centre de Sornetan, Centre Saint-François à Delémont).

Ecole et institutions culturelles

L'Acte de réunion redonna aux autorités ecclésiastiques les écoles primaires communales, fréquentées seulement de novembre à avril, et les deux écoles secondaires (l'ancien collège de Porrentruy et celui de Delémont fondé en 1812). A partir de 1831, l'Etat libéral s'attacha à organiser le système scolaire: loi sur les écoles primaires publiques de 1835, lois sur l'organisation de l'instruction publique et sur les écoles secondaires en 1856, loi sur l'enseignement primaire de 1894, etc. Partisans de l'enseignement laïque et tenants de l'école confessionnelle s'affrontèrent sur la législation, sur le statut des écoles normales de Porrentruy (1837) et Delémont (1846), de l'école cantonale de Porrentruy (1858) et sur la question des sœurs enseignantes (1849, 1867/1868). Au XIXe siècle, quelque 70 écoles allemandes privées ou communales accueillaient les enfants des immigrés alémaniques; elles n'étaient plus que six en 1968, à la suite de l'application du principe de la territorialité des langues. Au XXe siècle, la paix scolaire instaurée, une décentralisation permit une organisation autonome de l'école francophone. Dès 1847, l'élite littéraire, scientifique et artistique se retrouva au sein de la Société jurassienne d'émulation. L'Institut jurassien des sciences, des lettres et des arts (1950) regroupe des écrivains, artistes et professeurs d'université et l'université populaire (1957) dispense de nombreux cours décentralisés dans la perspective de l'éducation permanente.

La question jurassienne

Des origines à la votation de 1959

Défilé lors du carnaval de Cornol le 8 février 1948. Photographie d'Albert Perronne (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy).
Défilé lors du carnaval de Cornol le 8 février 1948. Photographie d'Albert Perronne (Musée de l'Hôtel-Dieu, Porrentruy). […]

Dès le XIXe siècle, on a appelé «question jurassienne» le problème de minorité né de la réunion de l'ancienne principauté épiscopale de Bâle au canton de Berne, dans lequel le peuple jurassien se retrouvait en état de dépendance politique. Cette situation paradoxale dans une Suisse fédéraliste ne pouvait durer que si la minorité jurassienne ne se sentait pas brimée, voire menacée dans son existence. L'annexion à Berne fut d'abord acceptée comme un moindre mal. La revendication séparatiste apparut occasionnellement au XIXe siècle, plus souvent avec les tentatives de germanisation au début du XXe siècle. Vers la fin de la Première Guerre mondiale, la question jurassienne fut relancée par une poignée d'intellectuels souhaitant la création d'un canton du Jura. S'il suscita une forte réaction antiséparatiste, le Comité séparatiste de 1917 s'essouffla rapidement. Dans l'entre-deux-guerres, le recul démographique et les difficultés économiques avivèrent le sentiment que les «intérêts jurassiens» étaient méconnus par Berne, tandis que poètes, historiens et littérateurs ressentaient le besoin d'affirmer leur identité, fondée sur la langue et l'histoire. La Société jurassienne d'émulation, Pro Jura et l'ADIJ étaient représentatives d'une bourgeoisie régionale de tendance libérale, formée de professeurs, magistrats, fonctionnaires, chefs d'entreprises et responsables politiques, qui contribua largement à façonner l'identité jurassienne. Ce furent ces trois grandes associations qui, en juin 1943, présentèrent les revendications du Jura (le «malaise jurassien») au gouvernement bernois et prirent la tête du Comité de Moutier en 1947, avant de se faire déborder par le mouvement séparatiste, fer de lance d'une nouvelle génération.

Les analystes de la question jurassienne situent souvent son origine en septembre 1947 et l'imputent à l'affaire Moeckli, lorsque le Grand Conseil bernois refusa de confier au conseiller d'Etat jurassien Georges Moeckli la Direction des travaux publics sous prétexte qu'il était francophone. Ce fut en effet à la suite de cet incident et des vives protestations qu'il suscita dans le Jura que se constitua le Comité de Moutier. Son objectif initial était d'obtenir un large statut d'autonomie, sous la forme d'un système fédéraliste et bicaméral dans le canton de Berne. L'Etat bernois excluant toute remise en cause de l'unité cantonale, le Comité abandonna sa revendication autonomiste et se rallia finalement à une solution de compromis: la reconnaissance constitutionnelle du «peuple jurassien», adoptée en votation populaire le 29 octobre 1950.

"Pour un canton du Jura". Ciné-Journal suisse, édition n° 784 du 6 septembre 1957 (Archives fédérales suisses, J2.143#1996/386#784-2#2*) © Cinémathèque suisse, Lausanne et Archives fédérales suisses, Berne.
"Pour un canton du Jura". Ciné-Journal suisse, édition n° 784 du 6 septembre 1957 (Archives fédérales suisses, J2.143#1996/386#784-2#2*) © Cinémathèque suisse, Lausanne et Archives fédérales suisses, Berne. […]

Cette mesure fut jugée insuffisante par les militants séparatistes qui, en s'appropriant l'héritage doctrinal du Comité de Moutier, s'organisèrent dès novembre 1947 au sein du Mouvement séparatiste jurassien, lequel se transforma en Rassemblement jurassien (RJ) quatre ans plus tard, sous l'impulsion de ses deux principaux leaders, Roland Béguelin et Roger Schaffter. Peu après la dissolution du Comité de Moutier (13 novembre 1952), les milieux antiséparatistes fondèrent l'Union des patriotes jurassiens (UPJ). Durant les années 1950, le conflit entre les deux mouvements rivaux porta pour l'essentiel sur l'histoire jurassienne, garante aux yeux du RJ d'une autonomie pluriséculaire perdue en 1792, et sur les dimensions économiques de la question jurassienne qui, selon l'UPJ, constituaient le principal obstacle à l'indépendance. En septembre 1957, le RJ lança une initiative cantonale destinée à faire connaître les aspirations des Jurassiens concernant la création d'un canton du Jura. Le vote eut lieu le 5 juillet 1959. L'initiative fut repoussée très largement par l'ancien canton. Dans le Jura, une faible majorité de 52% se dégagea en faveur du statu quo. Pour le RJ, ce score constitua un échec, surtout parce qu'il invalidait sa thèse de l'unité du «peuple jurassien». En effet, tandis que les trois districts francophones et catholiques du Jura-Nord se montraient très majoritairement favorables au séparatisme, les trois districts méridionaux, protestants et francophones, de même que le district de Laufon, catholique et germanophone, faisaient apparaître de très confortables majorités loyalistes. Ce scrutin conduisit progressivement le RJ à réorienter sa politique, en la fondant désormais sur une conception «ethnique» non plus considérée dans son sens historique, mais dans sa dimension linguistique. Cette opération lui permit de contester les résultats de la votation de 1959, faussés d'après lui par l'intervention des Alémaniques immigrés dans le Jura, et de renoncer au district germanophone de Laufon.

Des plébiscites à l'Assemblée interjurassienne

"Le procès des Béliers". Ciné-Journal suisse, édition n° 1448 du 26 février 1971 (Archives fédérales suisses, J2.143#1996/386#1448-2#1*) © Cinémathèque suisse, Lausanne et Archives fédérales suisses, Berne.
"Le procès des Béliers". Ciné-Journal suisse, édition n° 1448 du 26 février 1971 (Archives fédérales suisses, J2.143#1996/386#1448-2#1*) © Cinémathèque suisse, Lausanne et Archives fédérales suisses, Berne. […]

Dans les années 1960, le ton se durcit. Le RJ se réorganisa et intensifia sa présence. Fondé en décembre 1963, le Bélier (organisation de jeunesse) devint le fer de lance du combat. Un Front de libération jurassien revendiqua alors divers attentats et, en 1964, le conseiller fédéral Paul Chaudet fut chahuté aux Rangiers par plusieurs milliers de manifestants séparatistes. Malgré des tentatives de compromis, les positions demeurèrent très tranchées, d'autant plus que le gouvernement bernois resta fermement attaché au principe de l'unité cantonale. Il recula toutefois en 1967 et proposa un plan de mesures qui aboutit, le 1er mars 1970, à l'adoption en votation populaire d'un additif constitutionnel déterminant les modalités d'une procédure d'autodétermination dans le Jura. Inspirée par la Commission confédérée des bons offices (dite des quatre puis cinq «Sages»), cette procédure prévoyait une cascade de trois plébiscites successifs, sur l'ensemble du territoire jurassien d'abord, dans les districts où cette première décision serait contestée ensuite, dans les communes limitrophes enfin. L'UPJ, certaine d'une majorité antiséparatiste lors du premier vote, rejetta par avance la responsabilité d'un éclatement du Jura sur le RJ. Ce dernier, favorable à l'idée d'un scrutin d'autodétermination dans le Jura, en contesta toutefois les modalités. Durant l'été 1969, une tendance modérée constitua le Mouvement pour l'unité du Jura (MUJ). Cette «troisième force», soucieuse d'éviter un éclatement du Jura en cas d'engagement de la procédure plébiscitaire, milita en faveur d'un statut d'autonomie. Cet espoir resta vain; le Statut du Jura adopté en 1973 par les autorités bernoises fut loin d'offrir l'autonomie souhaitée par le MUJ.

Plébiscite du 23 juin 1974 concernant la création d'un nouveau canton du Jura (résultats dans les sept districts jurassiens)
Plébiscite du 23 juin 1974 concernant la création d'un nouveau canton du Jura (résultats dans les sept districts jurassiens) […]

Dans ce contexte, le Conseil-exécutif bernois fixa la date du premier plébiscite au 23 juin 1974. Le RJ, malgré ses menaces de se tenir à l'écart du scrutin, décida de se lancer dans la bataille. Contre toute attente, la première consultation fit apparaître une faible majorité séparatiste dans l'ensemble du Jura, bien que les clivages constatés en 1959 fussent globalement confirmés (36'802 oui contre 34'057 non, 1726 bulletins blancs). La réaction antiséparatiste fut renforcée par les milliers de femmes du Groupement féminin de Force démocratique et les jeunes du groupe Sanglier. Le 16 mars 1975, les districts du Sud maintinrent leur appartenance au canton de Berne. Les 7 et 14 septembre suivants, un troisième vote sanctionna quelques aménagements de frontière. La ville de Moutier conserva de peu une majorité antiséparatiste. Le 14 septembre, le district de Laufon vota son maintien dans le canton de Berne, mais garda la possibilité de rejoindre un canton voisin.

Manifestation des antiséparatistes pro-bernois du Groupe Sanglier à Malleray et Bévilard le soir du 25 avril 1975. Photographie Actualité suisse Lausanne (Archives de l'Etat de Berne, PBA BZ D 1795).
Manifestation des antiséparatistes pro-bernois du Groupe Sanglier à Malleray et Bévilard le soir du 25 avril 1975. Photographie Actualité suisse Lausanne (Archives de l'Etat de Berne, PBA BZ D 1795).

Toute cette période fut marquée par une tension très vive entre les deux camps. L'échec de la «troisième force», qui avait appelé à voter blanc le 23 juin, alla de pair avec une radicalisation de l'antagonisme entre le camp antiséparatiste, qui procéda à une mobilisation sans précédent de ses troupes en se dotant d'une nouvelle organisation de combat (Force démocratique), et le RJ qui, tout en soulignant sa victoire lors du premier scrutin, contesta la validité des sous-plébiscites. Sans nul doute, cette phase de la question jurassienne constitua une rupture: le Jura historique éclatait désormais en trois territoires distincts. Dans le Jura septentrional, une Constituante fut élue et procéda à la mise en place des institutions fondamentales du nouveau canton, dont la souveraineté fut reconnue lors du vote fédéral du 24 septembre 1978. L'hégémonie du RJ s'amenuisa peu à peu au profit des clivages politiques traditionnels, mais le mouvement maintint la pression sur les autorités jurassiennes pour les inciter à mettre en œuvre une politique de réunification. Dans le Jura méridional, la tension demeura vive jusqu'au début des années 1980, puis le climat politique tendit à se normaliser. L'affrontement entre les deux camps se déplaça au niveau des élections locales et, en 1982, la ville de Moutier renversa la majorité antiséparatiste.

Le 24 septembre 1978, sur le perron de l'hôtel de ville de Delémont, François Lachat annonce aux Jurassiens que le peuple suisse accepte la création d'un nouveau canton (Photographie Jacques Bélat).
Le 24 septembre 1978, sur le perron de l'hôtel de ville de Delémont, François Lachat annonce aux Jurassiens que le peuple suisse accepte la création d'un nouveau canton (Photographie Jacques Bélat).

Le district de Laufon rejeta en 1983 en votation populaire son rattachement au canton voisin de Bâle-Campagne. Mais l'Etat bernois fut accusé d'avoir financé le camp antiséparatiste. Saisi du dossier, le Tribunal fédéral confirma les plébiscites du Jura-Sud, mais cassa le scrutin laufonnais. Le district décida alors le 12 novembre 1989 de son rattachement au canton de Bâle-Campagne. Relancée par ces événements, la question jurassienne rebondit avec la publication, le 31 mars 1993, du rapport de la Commission consultative du Conseil fédéral et des cantons de Berne et du Jura, dite Commission Widmer (du nom de son président Sigmund Widmer), qui faisait appel au dialogue et définissait les grandes lignes d'une procédure en vue de la réunification. Le rapport fut salué du côté jurassien, mais vivement critiqué par les milieux bernois et antiséparatistes. Les deux gouvernements cantonaux cependant, las d'un climat marqué de nouveaux actes de violence, furent amenés, par la médiation du Conseil fédéral, à un accord tripartite signé le 25 mars 1994 qui visait à régler politiquement le conflit jurassien en restaurant le dialogue par la création d'une Assemblée interjurassienne (AIJ). Celle-ci fut présidée successivement par l'ancien conseiller fédéral René Felber (1994-1997), l'ancien conseiller d'Etat libéral vaudois Jean-François Leuba (1997-2003), l'ancien conseiller d'Etat radical valaisan Serge Sierro (2003-2010) et par l'ancien conseiller aux Etats libéral-radical tessinois Dick Marty (2011-2017). Parallèlement à la promotion du dialogue entre les Jurassiens quant à leur avenir commun, l'AIJ eut pour tâche de favoriser la collaboration entre le Jura bernois et le canton du Jura, entre autres par le biais d'institutions communes. Grâce à cet accord, le Conseil-exécutif bernois admettait l'existence d'une communauté d'intérêts entre les deux parties de la région jurassienne, tandis que, de son côté, le gouvernement jurassien reconnaissait le Jura bernois tel qu'il était défini par la Constitution de l'ancien canton. Les milieux séparatistes jugèrent sévèrement cet accord, estimant qu'il était en retrait par rapport aux conclusions de la Commission Widmer et qu'il consacrait, en acceptant de fait la procédure plébiscitaire des années 1970, l'abandon par le nouvel Etat de la politique de réunification. La question jurassienne, toutefois, s'orienta désormais vers une phase nouvelle où les deux parties durent négocier les conséquences politiques de l'éclatement du Jura.

En 2005, les gouvernements bernois et jurassien chargèrent l'AIJ de faire des propositions sur l'avenir institutionnel de la région interjurassienne. La réunification du Jura par la création d'un nouveau canton à six districts était l'une des pistes que l'AIJ proposait dans son rapport final (2009).  Soumis au vote populaire en 2013, après que les deux gouvernements eurent fixé le processus des votations dans une déclaration d'intention, ce projet fut rejeté: les trois districts du Jura bernois le refusèrent nettement (71,8% de non), tandis que le canton du Jura l'approuva largement (76,6% de oui). Dans le Jura bernois, Moutier fit exception en l'acceptant avec 55% de oui. Comme prévu dans la déclaration d'intention, les communes du Jura bernois qui le souhaitaient pouvaient demander un nouveau vote pour se prononcer sur leur appartenance cantonale finale. Ainsi, en 2017, Belprahon et Sorvilier décidèrent finalement de rester dans le canton de Berne et Moutier de rejoindre le canton du Jura. Le processus prévu étant achevé, l'accord du 25 mars 1994 fut dénoncé et l'AIJ, sa mission accomplie, dissoute en 2017.

Edition principale du téléjournal de la Télévision Suisse Romande du 18 juin 2017 (Radio Télévision Suisse, Genève, Play RTS).
Edition principale du téléjournal de la Télévision Suisse Romande du 18 juin 2017 (Radio Télévision Suisse, Genève, Play RTS). […]

A la suite de recours, le vote de Moutier fut toutefois invalidé par la préfète de l'arrondissement administratif du Jura bernois. L'exécutif prévôtois recourut à son tour contre cette annulation. En 2019, la question n'était toujours pas tranchée.

De la séparation au statut particulier

Le Jura bernois se réduisit le 1er janvier 1979, du fait de la formation du canton du Jura, aux districts de Courtelary, Moutier et La Neuveville (celui de Laufon, resté bernois lui aussi, mais désormais isolé, n'y étant plus inclus). Il n'a dès lors plus droit qu'à un conseiller d'Etat au lieu de deux. Il comptait 58'601 habitants en 1970, 51'593 en 1980, 51'128 en 1990, 51'408 en 2000, 51'668 en 2010 et 53'768 en 2017 (soit 5,2% de la population cantonale). La population se composait de 82,3% de francophones et de 10,8% de germanophones en 2000, respectivement 85,8% et 12,8% en 2014-2016. On y recensait 54% de protestants et 28,7% de catholiques romains en 2000, respectivement 36,1% et 28,1% en 2012-2016.

En 1977, le futur Jura bernois se dota d'une structure régionale, la Fédération des communes du Jura bernois (FJB). Celle-ci devait exercer officiellement les droits de coopération, inconnus jusqu'en 1978, inscrits dans la Constitution et la législation cantonale bernoise pour faciliter l'intégration du Jura bernois, marginalisé par sa situation périphérique. Elle représentait les 50 communes que comptaient alors les trois districts et, pour les questions linguistiques et culturelles, la population francophone du district de Bienne. Elle avait d'une part un droit de préavis sur le plan cantonal, en matière législative et électorale, pour les affaires concernant la région. Elle pouvait d'autre part, en accord avec les communes, se charger de tâches d'intérêt régional. Ses organes étaient une sorte de parlement, composé des délégués élus par le peuple ou par les exécutifs communaux, des députés au Grand Conseil des districts membres (pour Bienne seulement les francophones), et le comité qu'il élisait.

Mais l'intégration tout comme la formation d'une identité régionale se heurtèrent à la persistance d'une forte minorité séparatiste et à l'attitude passive de la majorité. Néanmoins, il n'y eut pas de conflits sérieux après 1980. Les antiséparatistes, regroupés dans Force démocratique, dans l'Union démocratique du centre (UDC), le Parti radical-démocratique (PRD) ou le Parti socialiste (PS) obtinrent neuf sièges aux élections législatives cantonales, de 1982 à 2002. Quant aux séparatistes, membres du mouvement Unité jurassienne affilié au RJ, du Parti démocrate-chrétien (PDC), du Parti libéral jurassien (PLJ) ou du Parti socialiste autonome (PSA), ils ne recueillirent que 21 à 29% des voix et trois sièges; faiblement représentés à l'assemblée de la FJB, ils ne purent jamais entrer dans son comité; ils reculèrent légèrement avec le temps, sauf dans quelques communes, comme Moutier, où ils emportèrent la majorité.

L'incapacité de la FJB à concilier des intérêts divergents (politique régionale efficace, intégration cantonale, défense de l'autonomie communale) appela des réformes législatives. Une première tentative en 1987 renforça les pouvoirs des communes et par là les forces conservatrices; les séparatistes réagirent en boycottant la FJB. La nouvelle Constitution bernoise de 1993 garantit le statut particulier du Jura bernois. En 1994, la FJB fut dissoute et fit place à un Conseil régional du Jura bernois et de Bienne romande (Conseil du Jura bernois depuis 2006), chargé de la coopération au niveau cantonal, formé des députés et des préfets, et à une Conférence des maires du Jura bernois et de Bienne (Conférence des maires du Jura bernois et du district de Bienne bilingue depuis 2007), chargée de la collaboration sur le plan régional.

Les deux premières pages de la Constitution du canton de Berne du 6 juin 1993, avec l'article 5 sur le Jura bernois (BELEX – Recueils des lois bernoises).
Les deux premières pages de la Constitution du canton de Berne du 6 juin 1993, avec l'article 5 sur le Jura bernois (BELEX – Recueils des lois bernoises).

Le tournant de 1993-1994 dans la question jurassienne calma la tension ravivée depuis 1984 entre séparatistes et antiséparatistes. Le rattachement de Vellerat au canton du Jura, très clairement approuvé par le peuple suisse le 10 mars 1996, apaisa aussi les esprits: cette commune, séparatiste dès les plébiscites, n'avait pu rejoindre le nouveau canton pour des raisons à la fois formelles et politiques. Un rapport commandé par le gouvernement bernois sur la situation des Romands dans le canton de Berne, qui proposait une autonomie progressive pour le Jura bernois et une relativisation des frontières, accrut l'intérêt des autorités pour une politique active des minorités. Dès 1997, le groupe Avenir, formé de séparatistes et d'antiséparatistes, milita pour une plus grande autonomie de la région à l'intérieur du canton de Berne. En 2002, le Conseil-exécutif bernois présenta un arrêté définissant le statut particulier qu'il entendait donner au Jura bernois. La loi régissant ce nouveau statut fut adoptée par le Grand Conseil en 2004. Entré en vigueur le 1er janvier 2006, le statut particulier du Jura bernois prévoit un Conseil du Jura bernois de 24 membres, élus pour quatre ans au suffrage universel et à la proportionnelle (3 sièges pour le district de La Neuveville, attribution des autres sièges à ceux de Moutier et de Courtelary, selon le chiffre de population pour les deux autres districts; en 2006, 11 pour Moutier et 10 pour Courtelary). Le Conseil, qui est en premier lieu l'interlocuteur du gouvernement cantonal et de son administration, possède certaines compétences décisionnelles dans les domaines culturels et scolaires et le droit de donner son avis et d'émettre des propositions sur les sujets intéressant directement le Jura bernois.

Ouverture du chantier du tunnel de Pierre-Pertuis entre Sonceboz et Tavannes. Reportage de Roberto Bernasconi pour le Journal Romand du 8 septembre 1989 (Radio Télévision Suisse, Genève, Play RTS).
Ouverture du chantier du tunnel de Pierre-Pertuis entre Sonceboz et Tavannes. Reportage de Roberto Bernasconi pour le Journal Romand du 8 septembre 1989 (Radio Télévision Suisse, Genève, Play RTS). […]

Après 1978, la FJB soutint la fondation de sociétés régionales (notamment pour l'économie publique, le tourisme, l'assistance sociale, les radios locales) qui cherchèrent à évincer du Jura bernois les anciennes associations jurassiennes. L'économie subit longtemps les effets de la crise horlogère du milieu des années 1970. Des groupes étrangers rachetèrent nombre d'entreprises locales. Inscrite dans le réseau des routes nationales en 1984 et achevée en 2017, la Transjurane (A16) relie les cantons de Berne (depuis Bienne) et du Jura (jusqu'à Boncourt), en passant par Moutier. Le percement du tunnel de Pierre-Pertuis (Tavannes-Sonceboz), en 1997, fut une étape importante de sa construction.

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  • Mémoires d'Ici, Centre de recherche et de documentation du Jura bernois, Saint-Imier.
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Liens
Notices d'autorité
GND
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