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Châtaignes

La récolte des châtaignes à Corzoneso. Photographie de Roberto Donetta, vers 1915 (Archivio Roberto Donetta, Corzoneso).
La récolte des châtaignes à Corzoneso. Photographie de Roberto Donetta, vers 1915 (Archivio Roberto Donetta, Corzoneso).

Avant l'importation du maïs, du haricot et de la pomme de terre américains, la base de l'alimentation, en Suisse italienne, était constituée de céréales mineures (orge, seigle, avoine et millet) et surtout de châtaignes. L'analyse des pollens effectuée en diverses régions du Tessin a mis en évidence le développement parallèle, à l'époque romaine, sous le royaume lombard et vers l'an mille (époque de crise alimentaire), du châtaigner (Castanea sativa L.) et du noyer, probablement issus de fruits de la Méditerranée orientale. En Suisse italienne, les bois de châtaigners constituent un tiers de la surface forestière et donnent des fruits jusqu'à 800 m d'altitude. Au nord des Alpes, on trouve quelques bois de châtaigners qui se sont développés grâce à des conditions climatiques particulières (Bex, Ollon, Villeneuve, Montreux, Nyon, Fully, Monthey, Gersau).

Même si la production a diminué au cours du XXe siècle, la traditionnelle fête des châtaignes reste très populaire, comme en témoigne cette affiche de 1983 (Collection privée).
Même si la production a diminué au cours du XXe siècle, la traditionnelle fête des châtaignes reste très populaire, comme en témoigne cette affiche de 1983 (Collection privée).

Les forêts et leurs produits étaient au centre de l'organisation de la communauté; on accordait une attention particulière aux greffes, car ces dernières donnaient droit à la récolte (en 1920, on a dénombré dix-huit sortes de fruits différents). Les arbres se trouvaient souvent sur les communaux, mais les particuliers avaient le droit de ramasser les fruits (ius plantandi); parfois ce droit ne revenait pas au propriétaire du sol, mais à des habitants d'autres régions. La récolte des fruits et des feuilles tombées était libre après une certaine date, par analogie avec la vaine pâture. Les feuilles sèches étaient utilisées dans les étables et pour les paillasses. Lorsque les bogues ne laissaient pas tomber les châtaignes (i crodèll), les arbres étaient gaulés, les bogues entassées: on les laissait fermenter puis on les ouvrait avec des instruments de bois. Les châtaignes peuvent être rôties ou bouillies. Afin d'en améliorer la conservation, on séchait les fruits sur une grille dans des constructions spéciales (le grà) à la chaleur du feu, puis on les secouait pour ôter l'écorce et la peau. Les châtaignes sèches étaient ensuite bouillies et mangées entières ou moulues, la farine étant utilisée pour confectionner du pain, des gâteaux, des fouaces et de la polenta. La production de châtaignes, considérable jusqu'en 1914, était exportée en France, en Allemagne et en Italie par des vendeurs de marrons saisonniers, surtout originaires du val Blenio. Les jeunes plants et les drageons étaient utilisés comme pieux pour les vignes, comme poutres secondaires des toits, comme bois d'œuvre ou de chauffage et même pour le charbon. A la fin du XXe s., le nombre de châtaigners est en constante diminution au Tessin, notamment à cause des maladies qui frappent les forêts.

Sources et bibliographie

  • H. Kaeser, Die Kastanienkultur und ihre Terminologie in Oberitalien und in der Südschweiz, 1932
  • R. Broggini, «Appunti sul cosiddetto "jus plantandi" nel Canton Ticino e in val Mesolcina», in Vox Romanica, 27, 1968, 212-228
  • P. Caroni, «In tema di superficie arborea (jus plantandi) nella prassi cantonale ticinese», in Rivista patriziale ticinese, 25, 1971, 1-27
  • G. Bianconi, Raccolti autunnali, 1981, 41-54
  • M. Conedera, «Die Kastanie: der Brotbaum», in Bündner Wald, 1996, n°6, 28-46
  • «Castégna», in Vocabolario dei dialetti della Svizzera italiana, 4, 1999-2003, 325-389