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Sélection végétale

La sélection végétale (ou culture sélective) désigne l'ensemble des démarches conduites de manière contrôlée afin d'améliorer génétiquement les végétaux, tant qualitativement que quantitativement. La méthode classique est celle des croisements telle que l'appliqua durant de longues années Johann Gregor Mendel (1822-1884), moine et botaniste morave, dans ses recherches sur les pois; il mit en évidence que les caractères héréditaires se transmettent de génération en génération selon une régularité bien déterminée. Encadrée scientifiquement, la sélection exige une succession de phases. La première consiste à choisir un sujet de départ approprié (la souche parentale) présentant les qualités requises. Il faut ensuite opérer des croisements renouvelés, retenir les descendants prometteurs, puis les multiplier jusqu'à l'obtention de la variété désirée. Selon la nature des plantes et leur mode de reproduction (autogamie, allogamie, multiplication végétative), une telle recherche demande de sept à quinze ans. Des méthodes plus récentes de multiplication (clonage) et de sélection (reproduction in vitro) ont accéléré considérablement la sélection. Certains procédés de reproduction (mutagenèse, hétérosis négative, transfert de gènes notamment) comportent des risques, entre autres celui de la fécondation de plantes sauvages ou cultivées par les nouveaux gènes, notamment par la pollinisation éolienne. En Suisse, la sélection est du ressort des stations fédérales de recherches agronomiques (Agroscope), à Changins-Wädenswil (céréales, soja, vigne, fruits, légumes, baies et plantes médicinales), Reckenholz-Tänikon (plantes fourragères) et à l'institut de recherches de l'agriculture biologique de Frick (semences). La sauvegarde des végétaux menacés de disparition (plants de potager et de plein champ, variétés de fruits) est assurée par Pro Specie Rara, fondation créée à Saint-Gall en 1982.

La démarche empirique qui consiste à distinguer les plantes présentant des caractéristiques particulières pour en prélever les graines et les utiliser comme semences est beaucoup plus ancienne que la sélection scientifiquement conduite. Dès 10 000 av. J.-C. environ, à la fin de la dernière glaciation, les hommes entreprirent de domestiquer des plantes sauvages et de les faire évoluer peu à peu en fonction de leurs besoins. C'est ainsi qu'apparurent au Proche-Orient les premières espèces cultivées de froment (engrain, amidonnier, blé nu), d'orge, de pois, de lentilles et de lin. Ces variétés se propagèrent vers le Nord-Ouest. A partir de 4700 av. J.-C., la culture de céréales, de légumineuses, de lin et de pavot s'étendit largement en Suisse (Terres ouvertes, Céréaliculture).

Les paysans du Néolithique améliorèrent les conditions naturelles des plantes en labourant, engraissant, drainant, irriguant le sol, en luttant contre les insectes prédateurs et contre les adventices. On épura les semences, préleva à part les graines des meilleurs épis ou des gousses les plus longues pour les utiliser comme semences et réitéra ce processus, si bien qu'au cours du temps la productivité de nombreuses plantes augmenta. Des mutations aléatoires, extrêmement rares dans la nature, comme la modification du patrimoine héréditaire, affectant aussi bien plantes sauvages que plantes cultivées et reconnaissables à des modifications physiologiques ou morphologiques, permirent de fonder la sélection. Remarquant ces transformations, les cultivateurs sélectionnaient la plante singulière, en prélevaient les graines qu'ils semaient. Ils parvinrent ainsi à inhiber les mécanismes naturels de reproduction des plantes sauvages, comme l'ouverture automatique des cosses ou la dissémination des grains des épis, et de ce fait à limiter les pertes.

En viticulture comme en arboriculture fruitière (Cultures fruitières), la pratique de la sélection est beaucoup plus ancienne. Introduits par les Romains, les procédés fondamentaux de reproduction et de greffage (marcottage, ébourgeonnement, inoculation, division) étaient aussi connus au nord des Alpes. De nombreuses variétés d'arbres fruitiers exigeaient pour leur multiplication que soit enté un scion sur un porte-greffe (sauvageon, plante issue de pépinière). Ce sont surtout les relations entre monastères, même fort éloignés, qui permirent dès le début du Moyen Age l'échange de graines, d'oignons, de surgeons, de plantes entières. Ces pratiques propagèrent les meilleures variétés de fruits, notamment pour le raisin, les pommes, les poires et les cerises. A la fin du Moyen Age, on jugeait la perfection d'un fruit à sa taille, son parfum, sa saveur, sa couleur, son aspect et sa durée de conservation, ce qui ne correspond plus que partiellement aux objectifs de sélection. Dès le XIXe s., le choix des variétés fut progressivement dicté par des impératifs commerciaux et marchands, par exemple la maturité précoce.

Sources et bibliographie

  • U. Ruoff, «Stein- und Bronzezeit», in GKZ, 1, 17-55
  • Ch. Erny-Rodmann et al., «Früher "human impact" und Ackerbau im Übergangsbereich Spätmesolithikum-Frühneolithikum im schweizerischen Mittelland», in ASSPA, 80, 1997, 27-56
  • L'alimentation au fil du gène, cat. expo. Vevey, 1998
  • P. Moser, Sélectionner, semer, récolter, 2003 (all. 2003)
Liens

Suggestion de citation

Irniger, Margrit: "Sélection végétale", in: Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), version du 19.10.2011, traduit de l’allemand. Online: https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/026225/2011-10-19/, consulté le 25.02.2021.